JACOB
Genèse 35 : 1-22
La Genèse et le récit de la création
Nous avons, chers amis, une introduction au début de notre Bible*. Elle constitue un véritable monument de littérature chrétienne dont la richesse de pensée est incomparable. Sans doute, elle n’est pas inspirée, mais on ne peut pas lire ces pages admirables sans en recevoir une réelle bénédiction, un profit, dont l’âme jouit, et qui nous aide à comprendre les pensées de Dieu. Ce cher serviteur que nous évoquons, avait reçu de la part de Dieu un don d’une richesse exceptionnelle. Et en parlant de la Genèse, puisqu’il a écrit quelques notes sur chacun des livres, il dit ceci : « Une fois que l’homme était hors du paradis, il s’agissait pour lui de s’approcher de Dieu ; et Dieu lui-même, dans ce trésor de grands principes déposés dans la Genèse, proclame pour tous les siècles comment cela peut se faire ». Dieu, dans ce livre de la Genèse, montre pour tous les siècles comment l’homme pourra se trouver relevé de sa chute et s’approcher de Lui.
Ce livre de la Genèse s’ouvre par « des portes de granit », a-t-on dit. « Au commencement Dieu » (1 : 1). Nous avons là le début de la révélation présenté de façon extraordinaire et qui nous en impose : « Au commencement Dieu ».
Cela met de côté tout ce que les hommes ont échafaudé comme théories de toutes sortes. Au commencement Élohim, Dieu, qui existe par Lui-même, pour Lui-même, sans relation quelconque avec qui que ce soit, Dieu éternel, fait sortir du néant cette création par la puissance de son Esprit. « Au commencement Dieu créa les cieux et la terre » : quelle admirable introduction pour tout le livre. Mais si grande que soit l’œuvre de Dieu qui nous annonce sa puissance éternelle et sa divinité, ce n’est, après tout, que l’échafaudage derrière lequel Dieu va construire un édifice merveilleux.
Nous sommes frappés par le langage de Dieu nous montrant en quelques mots tout ce qui a été accompli. Dieu n’a pas écrit un livre de science ; mais la véritable science basée sur les faits, sur des observations sérieuses n’a jamais incriminé ce que Dieu nous a fait connaître par Moïse, appelé, comme on l’a dit, le prophète du passé (comme Daniel sera le prophète de l’avenir), car il y avait longtemps que la création était sortie du néant lorsque Moïse nous l’a dépeinte. Et nous répétons que, en quelques mots, Dieu nous donne la révélation de tout ce qui a été créé par la puissance éternelle.
* Bible version Darby – ce texte d’introduction, dont le traducteur est l’auteur, se trouve sur notre site (rubrique « Parole de Dieu » - introduction à la Bible 1 à 6)
D’Abel à Jacob : les sept grandes figures de la Genèse
Nous trouvons toutes les vérités de la Parole de Dieu déjà en germe dans le livre de la Genèse. Peut-être les vérités de la rédemption y sont-elles moins soulignées, parce qu’elles feront l’objet du livre de l’Exode qui nous parle de rachat, de délivrance que Dieu opère par sa puissance en faveur de son peuple tombé dans l’esclavage en Égypte. Mais nous avons toutes les grandes vérités dans le livre de la Genèse.
Rappelons qu’il y a dans le livre de la Genèse sept hommes qui illustrent chacun une vérité bien particulière.
Abel, ou le sacrifice de Christ
Nous pensons évidemment au premier des patriarches, Abel. Il a compris que par lui-même il lui était impossible de s’approcher de Dieu, l’homme étant tombé dans le mal. Caïn et Abel sont nés en dehors du jardin d’Éden, il n’y a donc pas de différence entre eux, mais Caïn a cru qu’il pourrait s’approcher de Dieu grâce à ses efforts, à son travail, tandis qu’Abel a compris la ruine dans laquelle la famille de l’homme est tombée et il apporte un sacrifice à Dieu. Il place ainsi devant nous la preuve que, selon les pensées qu’il a reçues, qu’il a comprises, il était nécessaire que Dieu intervienne en rédemption pour délivrer l’homme de la condition dans laquelle il était tombé. Dieu a eu égard au sacrifice d’Abel. Il l’a tenu pour juste en vertu de ce sacrifice sanglant qui annonce la mort de Christ. Dieu nous montre pour tous les siècles comment l’homme pourra se trouver relevé de sa chute : grâce au sacrifice de Christ dont celui d’Abel est une figure. Telle est la conséquence de ce sacrifice.
Hénoc, enlevé au ciel
Nous passons maintenant au deuxième homme que la Parole de Dieu place devant nous et dont l’histoire est si intéressante, un homme qui a marché avec Dieu et qui va monter au ciel sans passer par la mort. En vertu du sang de la croix, il y a un chemin nouveau et vivant qui est ouvert jusqu’à Dieu (Héb. 10 : 19-20) et il y a une catégorie de croyants qui ne passeront pas par la mort. Paul dit : « Nous ne nous endormirons pas tous » (1 Cor. 15 : 51). Mais le Seigneur va descendre du ciel, Il va ressusciter d’abord tous ceux qui sont morts en Christ, puis nous les vivants qui demeurons, nous allons partir au ciel (1 Thes. 4 : 16-17). Comme Hénoc a été enlevé de la terre sans passer par la mort, ainsi nous allons partir au ciel en vertu ddu sacrifice à l’abri duquel nous avons été placés. Hénoc s’en va au ciel avant que le jugement tombe sur la terre, avant que les eaux du déluge recouvrent la terre. Hénoc a été délivré.
Noé, sauvé à travers le jugement
Le troisième homme est précisément celui qui va passer à travers les eaux du déluge. Il s’agit de Noé que Dieu va épargner, car il était juste parmi les hommes de son temps (6 : 9). Noé est une illustration du résidu que Dieu va bientôt susciter sur la scène et qui, à travers la « grande tribulation » (Matt. 24 : 21), va se retrouver sur une terre renouvelée. Dieu va changer tout ce qui est relatif à cette création marquée par les conséquences du péché, création qui souffre et est en travail jusqu’à maintenant (Rom. 8 : 22). Dieu va introduire demain le rétablissement de toutes choses et, comme le dit Pierre, « des temps de rafraîchissement » (Act. 3 : 20) pour cette pauvre terre marquée par les conséquences du péché, conséquences auxquelles nous ne pouvons pas échapper car liées à cette première création. Cette première création va disparaître comme un vêtement que Dieu va plier et mettre de coté. Il va introduire un nouvel ordre de choses sur cette terre, qui est appelé dans le prophète Ésaïe et le prophète Ézéchiel : un nouveau jardin d’Éden. C’est l’espérance des croyants pour la terre.
C’est le peuple de Dieu qui traversera demain une épreuve sans précédent et sera gardé pour prendre pied sur cette nouvelle terre et célébrer une abondance de paix et une abondance de pain, selon le Psaume 72 : 7, 16. Remarquons que ce psaume est relatif à Salomon. Et c’est ainsi que les voies de Dieu se terminent puisque les deux premiers livres des Psaumes sont particulièrement attachés à l’histoire du résidu qui souffre hors de Jérusalem et à Jérusalem et qui pourra enfin connaître le règne glorieux du Seigneur, qui apportera une abondance de paix et une abondance de pain. Il en sera fini de tous les drames que nous vivons aujourd’hui, des carnages, du sang qui est répandu, de l’égoïsme de l’homme qui fait que les deux-tiers de la population mondiale sont dans les besoins les plus criants alors que d’autres jouissent égoïstement de ce que Dieu leur a donné. Il en sera fini de ce que l’homme a introduit comme désordre sur la scène. Tout sera marqué par la paix, par la justice ; la justice sera la ceinture de ses reins (És. 11 : 5) et chacun jouira du bonheur d’être un sujet du royaume de Christ, chacun se reposant « sous sa vigne et sous son figuier » (Mich. 4 : 4). C’est donc Noé qui nous donne une image du résidu qui va traverser la grande tribulation pour se retrouver sur une terre renouvelée.
Abraham, ou les promesses
Nous arrivons ainsi au quatrième homme dont la Parole de Dieu, dans le livre de la Genèse, nous trace l’histoire pleine d’intérêt. C’est donc Abraham, figure centrale du livre de la Genèse. Un cher serviteur de Dieu, M. Lowe, pouvait expliquer : « En Abraham nous avons les trois racines de l’arbre de la grâce ». Quelles sont ces trois racines de l’arbre de la grâce dont Abraham est une illustration ?
Nous avons tout d’abord l’élection. Dieu n’a pu changer l’ordre de choses lorsque le mal a envahi le monde après le déluge, mais Il prend Abraham qu’Il a choisi, qu’Il a élu et Il va l’emmener dans la terre de Canaan pour en faire la souche d’un peuple nouveau, un peuple pour Lui, qui sera le témoin des droits de Dieu, de la présence de Dieu et le témoin de tout ce que Dieu est, le seul vrai Dieu, au milieu des nations idolâtres. Israël était donc la descendance d’Abraham, chargé de rendre ce témoignage-là dans le lieu où Dieu l’avait établi, dans la terre de Canaan. Donc Dieu a d’abord choisi, élu, Abraham, le père de nous tous.
Ensuite Il l’a appelé, Il l’a fait venir dans la terre de Canaan. Dieu nous montre l’élection, l’appel de Dieu dans Abraham et nous voyons ensuite les promesses que Dieu lui fait ; Il fait reposer sur lui les grandes et précieuses promesses auxquelles nous avons part.
Sur les sept promesses importantes que nous trouvons rappelées par Pierre, nous avons déjà tout ce que Dieu avait promis à Abraham : le salut, la justice, la rédemption. Nous attendons seulement le couronnement de toutes ces promesses, c’est-à-dire la venue du Seigneur. Nous les possédons en vertu du sacrifice de Christ, illustré par le sacrifice d’Isaac en Genèse 22 où Dieu peut dire : Je n’ai personne de plus grand par qui jurer, mais je jure par moi-même que je veux te bénir. Certes en bénissant je te bénirai. L’apôtre Paul dira « par deux choses immuables » - la Parole de Dieu et le serment que Dieu a prononcé à l’égard des promesses faites à Abraham – « nous avons un puissant encouragement » (Héb. 6 : 18). Pourquoi ? En voilà la raison, « parce que tu as fait cela » (Gen. 22 : 16).
Abraham, sans doute, n’avait pas consommé le sacrifice d’Isaac, mais pour Dieu, c’est comme si la chose était faite. Il avait vu dans le cœur d’Abraham que l’obéissance de la foi allait jusqu’au sacrifice de son fils. Dieu a arrêté le bras d’Abraham. Il lui a dit : Voilà, il y a un bélier retenu par les cornes au buisson. Tu vas l’offrir à la place d’Isaac. - Mais pour Dieu, chers amis, il n’y avait pas de substitution possible. Il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’Il donne sa vie en rançon pour la nôtre.
Isaac, le fils
Nous passons au fils d’Abraham, à Isaac. Que trouvons-nous en Isaac ? Ce dont nous jouissons aujourd’hui. Lorsque nous sommes devenus des croyants, nous avons reçu le Saint Esprit par lequel nous crions « Abba, Père ». Nous avons reçu l’Esprit d’adoption, dit l’apôtre Paul dans l’épître aux Romains et dans l’épître aux Galates, et nous disons « Abba, Père » (Rom. 8 : 15 ; Gal. 4 : 6). Quel bonheur de pouvoir exprimer la relation la plus douce et la plus intime qui soit. Pourquoi avons-nous été élus ? « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ, selon qu’il nous a élus en lui avant la fondation du monde… pour nous adopter pour lui » (Éph. 1 : 3-4). Il nous a élus pour nous adopter. C’est la position de fils que nous trouvons en Isaac.
Jacob, ou la discipline
Nous passons maintenant à Jacob et nous connaissons le mot qui résume l’histoire de Jacob. Ce n’est un mot agréable pour personne mais tous nous devons le connaître, nous devons entrer dans tout ce que l’histoire de Jacob nous présente. Jeunes ou plus âgés, si nous sommes des enfants de Dieu, nous avons tous part à la discipline, ou à l’éducation à laquelle Dieu nous soumet parce que nous sommes des enfants et non pas des bâtards. L’histoire de Jacob peut recevoir un grand titre : la discipline, c’est-à-dire l’éducation à laquelle le Père soumet ses enfants. C’est Hébreux 12. Ce n’est pas un sujet de joie que la discipline. Elle n’a pas toujours, faut-il le rappeler, le caractère de répréhension. Sans doute Dieu fouette tout fils qu’il agrée, mais bien davantage la discipline a en vue de nous former, de nous délivrer de tout ce qui est facilement un lien qui nous attache à la terre, de nous délivrer de tout ce qu’est la chair en activité en nous. La discipline à laquelle Dieu nous soumet a pour but de nous rapprocher de Lui et de nous faire participer de façon pratique à sa sainteté (Héb. 12 : 10).
Joseph, l’héritier
Enfin nous arrivons au septième homme, qui est Joseph. Que pouvons-nous dire de Joseph ? Il y a beaucoup de choses précieuses et intéressantes à noter dans la vie de Joseph. Nous aimons rappeler la question d’un cher serviteur de Dieu, M. Bellett. Il a écrit sur les patriarches et quelque part il demande pourquoi Dieu ne dit pas qu’Il est le Dieu de Joseph ? Nous avons tous remarqué cela. Dieu dit : « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob » (Ex. 3 : 6, 15, etc.). Pourquoi ne continue-t-Il pas en disant : « Je suis le Dieu de Joseph » ? Joseph est un type si beau du Seigneur Jésus, son histoire est si belle dans les souffrances qu’Il a connues, types de celles de Christ, si merveilleuse ! C’est un homme qui a souffert, qui a été rejeté, méprisé, vendu par ses frères. Cet homme va monter sur le trône et devant lui tous devront s’agenouiller lorsqu’on criera « Abrec ! » - qu’on s’agenouille - (Gen. 41 : 43). Toute langue devra confesser que Jésus Christ a été crucifié et a été rejeté et toute langue devra reconnaître que Jésus Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père (Phil. 2 : 11). Là où Il a été humilié, près de Jérusalem, c’est là qu’Il va paraître dans tout l’éclat de sa gloire. Dieu va nous montrer la gloire de son Fils précisément là où l’homme l’a humilié.
Alors pourquoi Dieu ne dit-Il pas : « Je suis le Dieu de Joseph » ? La réponse que fait notre frère est très belle. Quand Dieu dit : « Je suis le Dieu d’Abraham », la famille qui est à Ur en Chaldée n’a aucune part aux promesses que Dieu va faire reposer sur Abraham. Donc Dieu choisit Abraham et par ce fait même la famille d’Abraham est écartée, famille déjà plongée dans l’idolâtrie. Quant au Dieu d’Isaac, nous savons qu’Ismaël n’a pas de part aux bénédictions que Dieu fait reposer sur Isaac, « prends ton fils, ton unique… » (Gen. 22 : 2). Dieu sait bien qu’Isaac est le fils d’Abraham, qu’il lui est attaché par toutes les fibres de son cœur. Ismaël sera sans doute favorisé de plusieurs manières mais les promesses précieuses de Dieu reposent sur Isaac. Ismaël est mis de côté.
Quand Dieu dit qu’Il est le Dieu de Jacob, nous savons qu’Ésaü le profane ne peut profiter en aucune manière de ce que Dieu veut donner à Jacob selon son droit souverain de bénir Jacob au lieu d’Esaü. Il a choisi Jacob. Et il dira : « J’ai aimé Jacob ; et j’ai haï Esaü » (Mal. 1 : 3). Dieu n’a pas manifesté de haine au moment de la naissance d’Ésaü, mais Dieu manifeste sa haine à l’égard d’Ésaü, après toute une longue histoire au cours de laquelle il a montré son animosité contre son frère, et qu’il était véritablement un profane. Donc Ésaü est mis de côté.
Mais avec Joseph plus personne n’est mis de côté. Joseph dira à ses frères : « Votre père… va-t-il bien ? vit-il encore ? » (Gen. 43 : 27). Quand il se fait connaître, on comprend le désarroi dans lequel ses frères se trouvent. Ils se retrouvent vingt ans plus tard devant Joseph, celui qu’ils ont vendu et qu’ils n’ont pas reconnu, comme vingt siècles plus tard le Seigneur retrouvera à la fois Pilate et Hérode dans les grands chefs qui seront sur la scène, celui qui sera à la tête de l’Empire romain et le faux Messie, l’Antichrist, le faux roi des juifs. Le Seigneur retrouvera ses adversaires et ce sera pour leur destruction totale.
Mais remarquons que, quand Joseph se fait connaître à ses frères, il leur parle de son père : « Mon père, vit-il encore ? » (Gen. 45 : 3). Il le sait bien, ses frères le lui ont dit mais c’est très beau de voir que pour apaiser les sentiments tumultueux de leur cœur, tout ce qui peut bouillonner en eux et les remplir de honte, de confusion, il parle de son père. Quelle délicatesse chez Joseph qui place ses frères autour de lui, sans en excepter aucun, et il place au milieu d’eux le père. C’est ainsi que Dieu a fait, la grâce a surabondé là où le péché abondait. Dieu veut faire grâce à tous les hommes et personne n’est exclu. Joseph va dire à ses frères : « Vous, vous aviez pensé du mal contre moi : Dieu l’a pensé en bien » (Gen. 50 : 20). Et maintenant celui qui a été rejeté, vendu par ses frères, sera le canal par lequel Dieu va les délivrer et va les sauver. « Moi je vous entretiendrai » dit-il, « vous et vos petits enfants » (v. 21). C’est un type admirable du Seigneur. Nous ne lisons pas que Dieu est le Dieu de Joseph et cela nous enseigne qu’avec Christ personne n’est écarté.
Il l’a mis pour bénédictions à toujours (Ps. 21 : 7). Le Seigneur ressuscité est là comme l’objet de la foi et chacun peut saisir en Christ tout ce que Dieu a conçu pour la délivrance et le bonheur de l’homme, sans que personne ne soit écarté.
Ces sept hommes illustrent donc la grande vérité qui sera développée dans la suite de la révélation divine.
Mais maintenant, arrêtons-nous un peu plus sur Jacob, dont l’histoire est pleine d’enseignements pour nous.
Jacob
Le fuyard
Nous revenons à Jacob. Nous devons repartir à la première apparition de Dieu car dans ce chapitre 35 de la Genèse nous avons la troisième apparition de Dieu à Jacob. La première se trouve au chapitre 28. Nous essayerons de situer quelques jalons, sans entrer dans les détails.
Au chapitre 28, Jacob a 75 ans quand il doit fuir la maison de son père. De quelle manière honteuse, absolument inqualifiable, il a trompé son père et ravi à son frère son droit d’aînesse ! Rebecca, la pauvre mère qui a conseillé son fils afin qu’il commette ce forfait, ne le reverra sans doute jamais. Alors le pauvre Jacob doit fuir ; sa mère lui dit : Il faudra t’en aller quelques jours jusqu’à ce que la colère de ton frère soit apaisée, puis tu reviendras. - Mais des deux choses ?? qu’elle propose à son fils, aucune ne sera accomplie. Les « quelques jours » dont elle parle vont durer vingt années et probablement - pour ne pas dire certainement -, elle ne le reverra plus, bien qu’elle ait dit qu’elle enverrait quelqu’un pour le « tirer de là » (voir Gen 27 : 43-45).
Il y a quatre périodes importantes dans la vie de Jacob. La première partie de sa vie se termine avec cette fuite. Il est le fils préféré de sa mère. Disons en passant que ce fut un grand malheur pour cette famille que chacun des parents ait un enfant préféré :
- Isaac était un homme placide sans caractère bien déterminé ; quand il voyait Ésaü, qui était un homme ardent, un homme qui allait à la chasse, un homme intrépide, il retrouvait en lui les qualités qui lui manquaient ; il avait de l’admiration pour ce fils et il disait : C’est mon fils.
Son épouse, Rebecca, au contraire, aimait le caractère de Jacob ; il aimait la maison, l’intérieur, et avait un caractère beaucoup plus doux que son frère , Rebecca disait : C’est mon fils.
Mais la Parole de Dieu ne dit pas cela.
La première rencontre de Dieu avec Jacob
Jacob va s’en aller maintenant à Paddan-Aram, bien loin, dans le pays de sa mère. Il se met en route. Nous pouvons bien imaginer ce que devait être pour lui d’entreprendre ce voyage dans des conditions si difficiles, si pénibles, et le cœur lourd, la conscience chargée de la faute qu’il venait de commettre. Pauvre Jacob ! Dans ce chapitre 28, nous avons la première apparition de Dieu à Jacob. Il est là, couché sur quelques pierres et il n’a devant lui comme compagnon que son bâton. Qui pourra lui apporter quelque adoucissement dans la condition si précaire, si difficile, où il se trouve ? Personne !
Et tout à coup Jacob a une vision : une échelle... La position de l’échelle souligne bien que l’intérêt de Dieu se trouve sur la terre auprès de Jacob. La manière dont Dieu parle, étant sur l’échelle, est très significative et montre que c’est bien sur la terre que Dieu a ses regards pour les porter sur un pauvre fugitif tel que Jacob. L’Éternel descend sur l’échelle et vient parler à Jacob ; cette vision fait penser à ce qui aura lieu plus tard : alors ce ne sera plus sur une échelle mais sur la croix que le Fils de Dieu sera entre le ciel et la terre. Le Seigneur dira : « Et moi, si je suis élevé de la terre… » (Jean 12 : 32) et le Seigneur a été élevé de la terre pour nous sauver sans doute, mais pour accomplir l’œuvre de Dieu, pour glorifier le Père par son œuvre ; et encore pour l’accomplissement et la confirmation des promesses faites aux pères, car le peuple est bien-aimé et il a une place dans le cœur de Dieu. Et bien que Dieu doive écrire Lo-Ammi sur ce pauvre peuple (Osée 1 : 9), ils sont « bien-aimés à cause des pères - des patriarches » (Rom. 11 : 28). Comment Dieu aurait-Il pu accomplir et mener à bien toutes les promesses faites aux pères sans le fondement sur lequel Il s’appuyait, c’est-à-dire l’œuvre impérissable de la croix ?
Et que va dire l’Éternel à Jacob ? Il va confirmer toutes les promesses qu’Il a faites à son père et à son grand-père. Il va les enrichir et, plus encore, Il va dire quelque chose qui nous émeut, qui nous bouleverse, car ces paroles, nous les saisissons pour nous-mêmes, puisque l’épître aux Hébreux déclare qu’elles s’adressent à nous aujourd’hui : c’est à Jacob, le premier, que Dieu a dit : « Je ne te laisserai pas et je ne t’abandonnerai pas » (Héb. 13 : 5 ; comp. Gen. 28 : 15).
Il l’a dit à Moïse, il l’a dit à Josué, il l’a dit à David. Mais c’est à Jacob précisément que le Seigneur vient dire : Tu souffres, tu connais les conséquences inévitables de la faute que tu as commise – car ce qu’un homme sème cela aussi il le moissonne (Gal. 6 : 7) – mais je ne te laisserai pas. Je suis l’Éternel plein de compassion et, comme un père a compassion de son fils, j’ai compassion de toi. Je vais t’accompagner ; je ne retrancherai pas une seule année, au temps que tu vas passer comme proscrit dans une terre lointaine, comme étranger, mais je serai avec toi et je ne te laisserai pas.
Le Dieu de miséricorde
Dans cette scène nous avons l’affirmation du caractère de Dieu. Quand Moïse lui demanda de voir sa gloire, l’Éternel répond : Écoute Moïse, je ne peux pas te faire voir ma gloire, il est prématuré de me révéler maintenant, mais je vais te faire voir, te faire contempler un des rayons les plus précieux de ma gloire. Je vais crier mon nom devant toi. - Et l’Éternel passe devant Moïse qui peut Le voir par derrière. Il met sa main sur lui dans le creux du rocher – remarquons : le creux du rocher, la blessure du véritable rocher – et l’Éternel crie son nom : « L’Éternel, l’Éternel ! Dieu miséricordieux et faisant grâce ! » (Ex. 33 : 18-23 ; 34 : 6). Voilà le Dieu de Jacob, le Dieu de la miséricorde.
Combien de fois l’Éternel va-t-Il dire qu’Il est le Dieu d’Abraham dans le livre des Psaumes ? Nous n’avons trouvé qu’une fois, parce que nous savons bien qu’Abraham est « l’ami de Dieu » (Jac. 2 : 23). Il n’est pas nécessaire que Dieu nous dise beaucoup de fois qu’il est l’ami d’Abraham. Mais combien de fois va-t-Il nous dire qu’il est le Dieu de Jacob ? Nous pouvons compter au moins dix fois où Dieu dit : Je suis le Dieu de Jacob - autrement dit, le Dieu qui fait grâce, le Dieu de toute grâce, le Dieu de la miséricorde. « Heureux celui qui a le Dieu de Jacob pour son secours » (Ps. 146 : 5).
Pour nous, le caractère de Dieu a été pleinement révélé à la croix. Tout ce que Dieu est en Lui-même, toutes les perfections divines ont été pleinement manifestées dans toute leur beauté, à la croix. Nous chantons quelquefois : « Ta croix, Jésus, a tout magnifié » (H&C n°14) : la grâce de Dieu, la miséricorde de Dieu, la justice de Dieu, la sainteté de Dieu, sans doute, mais ce côté de la miséricorde, une forme de l’amour de Dieu qui s’adapte à ce que nous sommes dans nos misères, dans nos besoins, dans nos circonstances où nous moissonnons quelquefois les conséquences de nos fautes, car ce que nous semons, nous devons le récolter (voir Gal. 6 : 7). À ce sujet, un cher serviteur de Dieu, Samuel Prod’hom, a écrit : « Si nous nous courbons sous la main de Dieu, reconnaissant la justice de ses droits envers nous et si nous confessons devant Lui, découvrant la faute que nous avons commise, qu'est-ce que Dieu fait ? Il la couvre et la transforme. La souffrance que nous éprouvons sous les conséquences de nos fautes transforme cette souffrance en une épreuve de foi pleine de bons fruits ».
Si nous sommes courbés sous la main de Dieu, si nous faisons comme David disant : « Je t’ai fait connaître mon péché et je n’ai pas couvert mon iniquité » (Ps. 32 : 5), si nous confessons franchement la faute que nous avons commise, la souffrance qui résulte du gouvernement de Dieu qui s'applique à nous dans ce chemin-là, Dieu la transforme en une épreuve de foi, pleine de bons fruits pour Lui, et cela devient un profit pour nos âmes. C’est la méthode de Dieu. Nous acquérons ainsi un accroissement de la connaissance de Dieu dans son véritable caractère, celui du Dieu de miséricorde.
Discipline
Jacob va donc s’en aller durant 20 années. C’est la deuxième partie de la vie de Jacob. Nous savons comment il sera trompé par Laban, son beau-père, au sujet de la fille qu’il voulait épouser. Au matin il découvre qu’il a été trompé par Laban et il lui dira : « Pourquoi m’as-tu trompé ? » (29 : 25). Pauvre Jacob ! Laban aurait pu lui répondre : Comment se fait-il que tu me poses une telle question, ne te souviens-tu pas que toi-même, tu as trompé ton père et ton frère ? - Vous voyez comme les conséquences de sa faute sont là, pénibles pour lui. Et Jacob va apprendre beaucoup de choses pendant ces 20 années auprès de Laban. Il va souffrir de la chaleur le jour, et du gel la nuit ; et ce qui sera déchiré dans le bétail de Laban, il devra en souffrir la perte (voir Gen. 31 : 38-40). Il a été soumis à un traitement extrêmement pénible pendant ces 20 années, une longue discipline. Mais à la fin, Dieu se souvient de lui et l’invite à revenir dans la terre de la promesse.
Deuxième rencontre de Dieu avec Jacob
Jacob revient et nous avons au chapitre 32 la deuxième rencontre de l’Éternel avec Jacob. Une lutte extraordinaire va se dérouler pendant la nuit. Et il nous est dit que Dieu « vit qu’il n’était pas vainqueur contre [Jacob] » (v. 25). Comment se fait-il que l’Esprit de Dieu nous parle d’un fait qui, attribué à Dieu, semblerait souligner une impuissance, une incapacité quelconque à l’égard de Jacob, alors qu’Il va toucher sa hanche et que Jacob sera désormais boiteux ? Mais lorsqu’il est dit qu’Il ne prévalait pas sur lui, c’est une image de l’homme qui a été mis à l’épreuve de toutes manières, mais dont Dieu n’a pu changer la chair. La chair est incurable. Dieu l’a soumise à toutes sortes d’épreuves et rien n’a été obtenu pour Lui. Il devra dire : « Finissez-en avec l’homme, dont le souffle est dans ses narines » (És. 2 : 22) ; c’est la fin de l’homme en Adam. Il ne prévalait pas sur lui : Jacob ne pouvait pas être changé, transformé. Ce n’est pas la chair que Dieu a mise dehors, mais Il crée en lui un homme nouveau. Il forme un cœur nouveau, au lieu d’un cœur de pierre : Il introduit en nous un cœur de chair et l’homme nouveau en nous, c’est Christ.
La fin heureuse de Jacob
Alors Dieu ne prévaut pas sur Jacob. Il lui touche la hanche et il va devenir boiteux. On a dit avec raison, que Jacob n’a jamais si bien marché que depuis qu’il est devenu boiteux. Plus tard il va perdre la vue, l’âge avancé va l’amener à connaître cette infirmité douloureuse - mais il verra plus clair que Joseph lorsqu’il s’agira de bénir Éphraïm et Manassé. Jacob va, bien intentionnellement, changer le cours naturel des choses, et Joseph, pourtant un homme si intelligent et clairvoyant dira : « Pas ainsi, mon père », et Jacob répondra : « Je le sais mon fils » (Gen. 48 : 17-20) ; j’ai la vue plus longue que toi bien que je sois aveugle, et j’ai compris les pensées de Dieu.
Le fruit de la discipline se montre ainsi chez Jacob dont la fin sera lumineuse. Après une journée d’orages, de tourments, la fin de Jacob est merveilleuse ! C’est un homme qui, appuyé au chevet du lit, ou sur son bâton, ses deux mains jointes, s’en va au ciel dans la position la plus élevée qui soit, la plus heureuse qui soit, car il n’y a pas de bonheur équivalent à l’adoration, dans la connaissance du Dieu qui s’est révélé (voir Héb. 11 : 21). Adorer « en esprit et en vérité » (Jean 4 : 2 : 24), c’est le bonheur parfait.
Jacob a connu pendant ces 20 années, deuxième étape de sa vie, une discipline à laquelle il n’a pas pu se soustraire. Ensuite il va entrer dans la terre de la promesse, y restant environ 30 ans
Et enfin il y a la quatrième période de sa vie, les 17 années qu’il va passer en Égypte. Ce seront les années paisibles de la fin de sa vie et Jacob pourra jouir de toute la grâce de Dieu qui se déploie envers lui.
Troisième rencontre de Dieu avec Jacob
En revenant au chapitre 35, à la troisième rencontre, nous voyons que Jacob va connaître un deuil extrêmement douloureux. Nous avons évoqué sa rencontre avec son fils Joseph qu’il ne pensait jamais revoir. Quel moment émouvant quand il a pu pleurer sur Joseph, son fils ! De quoi va-t-il lui parler ? Eh bien, il va lui rappeler la scène qui termine ce chapitre 35. Il va lui rappeler que sa chère mère s’en est allée quand il était encore bien jeune, au moment de la naissance de son frère. En tenant compte des dates que le traducteur a introduites dans notre Bible, on peut dire que Joseph avait environ cinq ans quand sa mère s’en est allée. Jacob, 50 ans plus tard, lorsqu’il raconte cette scène à son fils Joseph, ne peut pas continuer, tellement il est ému, et nous avons des points de suspension dans le récit. Quelqu’un a dit : « Les points de suspension nous pouvons les remplacer par des larmes qui coulent des yeux de Jacob 52 ans plus tard ».
Jacob doit s’arrêter, sa gorge se noue, son cœur est étreint, il revoit cette scène au cours de laquelle sa chère épouse lui a été enlevée. Dieu la lui reprend. Il raconte cela à Joseph. Cette scène est tellement imprimée en lui, elle l’a tellement marqué, il en a tellement souffert, qu’il ne peut la rappeler sans éprouver la plus grande douleur en parlant à son fils du drame qu’il a connu.
La maison de Dieu
Dieu a dit à Jacob : « Lève-toi, monte à Béthel » à la frontière du pays de Canaan, « habite-là » (35 : 1). Il y a là un lieu où Dieu appelle Jacob à le rencontrer.
Moïse enseignera à Israël qu’il y a un lieu où l’on rencontre l’Éternel. Il ne relève pas du choix ou de l’imagination de l’homme. En Deutéronome 12, Dieu souligne par six fois qu’il y a un lieu qu’Il a choisi pour y faire habiter son nom. Et ce lieu n’est pas laissé à l’appréciation de son peuple, c’est Dieu qui choisit ce lieu. Ici c’est Béthel, c’est la maison de Dieu et l’adverbe « là » est répété quatre fois. « Là où deux ou trois sont assemblés à mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Matt. 18 : 20).
Alors, « monte à Béthel » dit-il, rejoins le lieu duquel tu t’es enfui. Dieu souligne bien l’origine des faits relatifs à l’histoire de Jacob, et Jacob a bien compris que pour s’approcher de Dieu il y avait des conditions : ôter les dieux étrangers. La famille de Jacob est déjà marquée par l’idolâtrie ; les prophètes ne manqueront pas de le rappeler et c’est Rachel, venue de la maison de Laban, qui avait cette propension à l’idolâtrie qui a marqué cette famille et va s’affirmer plus tard, hélas ! et entraîner la déportation du peuple vers Babylone. Étienne montrera bien que c’est en raison de l’idolâtrie du peuple, notamment, que Dieu va l’envoyer à Babylone, là où se trouve le siège de l’idolâtrie (voir Act. 7 : 42-43).
Les dieux étrangers
Alors il faut ôter les dieux étrangers. Qu’est-ce donc que les « dieux étrangers » pour nous ? Évidemment, il n’y a plus pour nous le danger de nous prosterner devant des idoles de bois ou de pierre. Mais un frère disait : « Que sont les dieux étrangers, les idoles pour nous ? C’est ce qui empêche quelqu’un de venir à Christ, ce à quoi son cœur reste attaché dans le monde et ce qui m’empêche, moi, d’être fidèle, ce qui m’empêche de marcher à la gloire du Seigneur, c’est le lien qui m’enlace, le péché qui m’enveloppe si aisément et que je caresse dans mon cœur, voilà l’idole qu’il faut mettre de côté… ». « Ôtez les dieux étrangers » : première chose à faire.
Purification
Deuxième chose : « purifiez-vous ». Paul nous montrera que nous avons à nous purifier de toute souillure de chair et d’esprit. Chacun de nous connaît bien ce passage de 2 Corinthiens : « Je serai pour vous un père, et vous, vous serez pour moi des fils et des filles » (2 Cor. 6 : 18). Est-ce que Dieu n’est pas le Père de tous ses enfants ? Mais il y a une jouissance de la relation avec Dieu que nous ne pouvons pas connaître en dehors de ce chemin de purification pratique. « Purifions-nous de toute souillure de chair et d’esprit » (7 : 1) et vous me serez pour fils et pour filles et je vous recevrai, dit l’Éternel. L’apôtre revient à un principe du commencement.
Changer de vêtement
Troisième chose : après avoir dit : « Purifiez-vous », Jacob ajoute : « Changez vos vêtements ». Les vêtements, parlent des attitudes de la vie. Il faut nous défaire de ce qui est lié au vieil homme pour nous revêtir du nouvel homme. Paul nous demandera dans les épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens de nous débarrasser du vieil homme et de revêtir le nouvel homme qui est Christ (Éph. 4 : 22-24 ; Col. 3 : 9-10). Voilà les nouveaux vêtements que nous avons à revêtir.
Le Dieu de la maison de Dieu
Et ainsi, dit Jacob, « Nous nous lèverons, et nous monterons à Béthel, et je ferai là un autel à Dieu ». Il va arriver à Béthel avec le peuple qui est avec lui et va bâtir l’autel. Il va appeler le lieu El-Béthel (v. 7). On remarque un grand progrès dans l’histoire de Jacob. À la fin du chapitre 33 il a déjà dressé un autel en arrivant dans le pays, et il l’a appelé El-Elohé-Israël, autrement dit : Dieu, le Dieu d’Israël. Il invoque le Dieu d’Israël, c’est-à-dire qu’il invoque Dieu comme étant en relation personnelle avec lui. Mais ici la vue de Jacob s’élargit, et c’est bien ce à quoi Dieu nous appelle. Il ne l’appelle plus El-Elohé-Israël, mais El Béthel, c’est-à-dire Dieu de la maison de Dieu. Nous avons été sauvés et Dieu nous rassemble. Dieu ne nous sauve pas pour rester isolés et nous devons prendre conscience des vérités relatives à la maison de Dieu dans laquelle nous sommes entrés, où nous sommes des gens de sa maison, concitoyens des saints avec les privilèges liés à la famille de Dieu, de ceux qui habitent la maison de Dieu qui est aussi le corps de Christ quand nous le voyons selon le côté vital. Nous avons ainsi cette indication déjà dans le nom que Jacob donne à l’autel. Il réalise que Dieu est le Dieu de la maison de Dieu, maison dont il fait partie, mais il a compris que Dieu a une maison sur la terre, ce n’est plus seulement Dieu en relation personnelle avec son serviteur.
La mort à la chair
Maintenant, nous avons la mort de Debora, la nourrice de Rebecca (v. 8). Comment se fait-il que nous la retrouvions ici sur le même chemin, avec Jacob maintenant ? Peut-être Rebecca a-t-elle envoyé sa nourrice pour prendre des nouvelles de Jacob, mais nous ne pouvons pas faire de supposition au-delà de ce qui est raisonnable. On a dit que c’est à ce moment-ci que la mort de la nourrice de Rebecca nous est rapportée, parce que Jacob, étant en relation avec Dieu et s’étant purifié, il faut que soient tranchés les liens qui le rattachent à sa famille. Nous avons tous un caractère de famille et il n’y a rien de plus difficile que de nous débarrasser de ce caractère prédominant dans la famille à laquelle nous appartenons. C’est une chose très difficile, très douloureuse. C’est pourquoi l’endroit est appelé « Allon-Bacuth » ou le « chêne des pleurs ». Nous ne mettrons pas la chair de côté sans souffrir, sans que nous réalisions la mort pratique à la chair. Cela ne va pas sans perte mais c’est le chemin de la bénédiction, c’est le chemin de la puissance. Il y a des pleurs au pied de ce chêne, mais un chêne parle de ce qui est vigoureux. Nous ne pouvons pas connaître la vigueur dans la vie de Dieu sans que la chair soit retranchée. La nourrice de Rebecca est morte, elle est enterrée là au pied d’un chêne.
Mort de Rachel et naissance de Benjamin
Et maintenant Jacob avance vers cet endroit, à Éphrath, qui est le nom poétique de Bethléhem (35 : 16). C’est une scène profondément émouvante. Jacob va arriver dans le pays, il est à la frontière à Bethléhem. Rachel a un enfantement pénible, et elle sent que la vie s’en va d’elle-même, s’écoule de son pauvre corps. La sage-femme lui dit alors : « Ne crains pas, car tu as ici encore un fils ». Mais qu’est-ce que cela pouvait faire, pouvait apporter à Rachel ? Cela nous montre bien la vanité des compassions et des sympathies humaines. « Comme son âme s’en allait (car elle mourut) – son âme s’en allait, allait être recueillie – « elle appela son fils du nom de Ben-oni » - fils de ma peine -, voulant ainsi marquer que le péché et ses conséquences sont plus forts qu’elle. On sent, dans le nom qu’elle donne à cet enfant, la détresse de son âme et l’amertume qu’elle éprouve en mettant cet enfant au monde.
Mais comment va parler son mari ? Il aurait pu dire : Oui, nous allons appeler l’enfant Ben-oni, fils de ma peine. - Mais la foi de Jacob n’admet pas que cet enfant s’appelle Ben-oni. Il l’appelle Benjamin, autrement dit : le « fils de ma droite ». Jacob nous montre ainsi la foi qui a saisi les promesses de Dieu, parce qu’un jour à Bethléem va naître celui dont les anges vont parler en disant : « Je vous annonce… un grand sujet de joie… aujourd’hui, dans la cité de David, vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur » (Luc 2 : 11). Il est Celui qui va briser la tête du serpent (Gen. 3 : 15), Celui qui va nous délivrer de toutes les craintes de la mort. Par la mort dans laquelle Il va entrer, Il va nous délivrer de son pouvoir (voir Héb. 2 : 14-15). Non pas « fils de ma peine », car nous ne serons pas toujours vaincus par la mort, nous n’éprouverons pas toujours son pouvoir dans la peine, mais nous allons triompher avec Lui. Il est le « fils de ma droite », déclare Jacob, c’est-à-dire le fils de ma puissance, la puissance de Dieu. C’est Christ, la puissance et la sagesse de Dieu que Jacob envisage ici dans cette scène solennelle.
Et il dresse une stèle pour marquer sans doute avec précision l’endroit où il a connu peut-être le plus grand chagrin de sa vie. « C’est la stèle du tombeau de Rachel, jusqu’à aujourd’hui » (v. 20). Jacob va-t-il se jeter par terre en proie au chagrin le plus grand, au désespoir comme un homme qui n’a pas d’espérance peut le faire ? Non. Cet homme, Jacob, éprouve les mêmes sentiments que son grand-père Abraham lorsqu’il perd son épouse Sara. Il nous est dit : « Abraham vint pour mener deuil sur Sara, et pour la pleurer » (Gen. 23 : 2). Nous ne sommes pas des stoïques, nous éprouvons de la peine, nous le sentons profondément mais nous ne pleurons pas comme ceux qui « n’ont pas d’espérance » (1 Thes. 4 : 13). Et nous lisons dans l’histoire d’Abraham qu’il « se leva de devant son mort » (23 : 3).
Au-delà de Migdal-Éder
Nous avons ici la stèle du tombeau de Rachel (Gen. 35 : 20), mais au v 21, il est dit : « Et Israël partit ». Ce n’est pas Jacob qui part mais c’est un homme de Dieu, c’est le prince de Dieu, c’est l’homme de la foi. « Israël partit, et dressa sa tente ». C’est un homme qui montre qu’il n’est qu’un étranger, un forain dans ce monde. Il ne construit plus une maison comme à Sichem, mais il dresse sa tente et la dresse au-delà de Migdal-Eder, la tour du troupeau. Le nom que nous trouvons ici, est employé aussi dans le livre du prophète Michée. Nous y retrouvons la tour de Migdal-Éder et nous comprenons ainsi la signification qu’il faut y attacher dans le livre de la Genèse. Dans le prophète Michée nous avons la mention de cet endroit et nous pouvons voir ce qui est lié à cet endroit, et comment la foi de Jacob triomphe de tout ce qui l’accable et qui peut terrasser un homme. Il dresse sa tente mais au-delà de Migdal-Éder (ou tour d’Éder), tour vers laquelle Jacob est monté comme un pèlerin qui attend, qui regarde vers l’horizon pour être le premier à voir apparaître l’aube qu’il attend. « Toi, tour du troupeau, colline élevée de la fille de Sion » (remarquons la fille de Sion, la montagne de la grâce, la venue du Seigneur liée à l’accomplissement et au couronnement de la grâce de Dieu) « à toi arrivera et viendra la domination première, – le royaume, à la fille de Jérusalem » (Mich. 4 : 8). Quelle promesse que celle-là ! Elle est liée à un endroit, Migdal-Éder, qui nous amène à une pensée de vigilance, d’attente et en même temps liée à la colline de Sion, la montagne de la grâce pour voir apparaître celui à l’égard duquel nous lisons :« Si nous souffrons, nous régnerons aussi avec lui » (2 Tim. 2 : 12).
Migdal-Éder, lieu qui nous fait penser à l’attente du Seigneur qui va nous délivrer des circonstances présentes et nous introduire avec Lui dans la jouissance de tout ce qu’Il nous a acquis au prix du sacrifice de sa vie.
D’après une méditation de la Parole de Dieu (Paul Finet)