DEUXIÈME ÉPÎTRE AUX THESSALONICIENS (2B)
CHAPITRE 2 (suite)
« Ne vous souvenez-vous pas que je vous le disais, quand j’étais encore auprès de vous ? » (v. 5)
Les enseignements auxquels fait allusion ce verset n’étaient pas vraiment nouveaux pour les Thessaloniciens ; Paul et ses compagnons leur avaient déjà parlé de ces choses lorsqu’ils étaient auprès d’eux. Le trouble qui avait surgi parmi eux n’était donc pas dû à un manque d’enseignement, mais, pour nous comme pour ces croyants, la question se pose : comment recevons-nous et comment gardons-nous ce qui nous est enseigné ?
Une autre leçon que nous pouvons tirer de cela est que ces révélations prophétiques devraient faire partie de nos connaissances de base. Le séjour de Paul à Thessalonique n’avait duré que quelques semaines et pourtant il avait jugé important de parler de ces choses. Les Thessaloniciens devaient s’en souvenir et savoir que le jour du Seigneur ne pouvait pas être là, puisque les événements qui devaient le précéder n’avaient pas encore eu lieu. Les avertissements et les enseignements de ce passage sont donc importants aussi pour les jeunes croyants et pour les nouveaux convertis. La prophétie ne nous est pas donnée pour satisfaire notre curiosité, mais afin que nous puissions mieux discerner le caractère du temps dans lequel nous vivons.
Ce verset nous rappelle aussi l’importance de la répétition de vérités déjà enseignées (voir 2 Pi. 1 : 12-15). Nous avons à en tenir compte, aussi bien en ce qui concerne notre étude personnelle de la Bible que dans le ministère de la Parole. La vérité de Dieu ne vieillit pas, et il faut que nous revenions toujours à ce qui « était dès le commencement » (1 Jean 1 : 1).
« Et maintenant vous savez ce qui retient pour qu’il soit révélé en son propre temps. Car le mystère d’iniquité opère déjà ; seulement, celui qui retient maintenant le fera jusqu’à ce qu’il ne soit plus là » (v. 6-7).
Selon le verset 3, le jour du Seigneur doit être précédé par l’avènement de l’apostasie et par la révélation de l’Antichrist - conditions qui n’ont pas encore été remplies jusqu’à ce jour. Les versets 6 et 7 mentionnent deux éléments qui retiennent l’apostasie, et plus particulièrement l’Antichrist : il y a « ce qui retient » et « celui qui retient » - une chose et une personne.
« Retenir » peut nous faire penser à des freins qui empêcheraient un véhicule de prendre de la vitesse à la descente. Aujourd’hui, nous vivons de près ce mouvement de la chrétienté : « le mystère d’iniquité opère déjà », bien que son développement soit encore réprimé. Mais le jour vient où - s’il est permis d’utiliser encore cette image- les freins seront desserrés et où le véhicule qui emmène les chrétiens de nom se précipitera vers la perdition.
Cette évolution ne doit pas nous ébranler. Les signes qui, aujourd’hui, présagent les événements de la fin doivent nous rendre prudents quant à notre marche personnelle, mais nous savons que nous ne vivrons pas l’aboutissement de cette évolution ; nous serons alors auprès du Seigneur.
L’homme de péché sera révélé « en son propre temps ». Cette expression nous fait comprendre que c’est Dieu, en fin de compte, qui décide du moment où cet homme sera révélé et qui limite le temps qui lui sera accordé.
Quels sont donc les deux « éléments » qui retiennent ? Il y a d’abord ce qui retient. On peut y voir la puissance de Dieu agissant à travers les autorités politiques. Ces autorités sont établies par Dieu lui- même. Tout pouvoir gouvernemental est, aujourd’hui encore, directement subordonné à Dieu, et ne peut agir que selon ce qu’il permet ou ne permet pas.
En jetant un regard sur l’histoire de l’homme, on constate la méchanceté et la cruauté dont ont pu faire preuve les puissants de ce monde. Toutefois, le principe reste : tout gouvernement, quelque mauvais ou impie qu’il soit, est établi par Dieu. C’est Lui qui, aujourd’hui encore, incline le cœur d’un roi comme des ruisseaux d’eau (Prov. 21 : 1). « Il n’existe pas d’autorité, si ce n’est par Dieu » (Rom. 13 : 1-10 ; 1 Pi. 2 : 13-17). Ceux qui détiennent l’autorité sont des « serviteurs de Dieu » et ils « portent l’épée » de sa part (Rom. 13 : 4).
Le grand roi païen Nebucadnetsar a dû apprendre, par d’amères expériences, que c’est Dieu qui établit les rois et qui les dépose. Le prophète Daniel lui annonce : « On te chassera du milieu des hommes ... jusqu’à ce que tu connaisses que le Très-haut domine sur le royaume des hommes, et qu’il le donne à qui il veut » (Dan. 4 : 22). Le Seigneur Jésus, alors qu’Il comparaissait devant Pilate, lui a dit : « Tu n’aurais aucun pouvoir contre moi, s’il ne t’était donné d’en haut » (Jean 19 : 11). Pilate était certainement un gouverneur inique, et pourtant il ne pouvait rien faire contre le Seigneur, à moins que Dieu ne le lui permette.
Aujourd’hui, l’entière manifestation du mal est donc encore retenue. Mais sous l’Antichrist, le régime sera véritablement satanique. Il ne s’agira plus d’une autorité établie de Dieu, mais d’un pouvoir qui viendra directement de Satan lui-même. Le pouvoir politique aura son siège à Rome - c’est la première Bête d’Apocalypse 13, le chef de l’Empire romain reconstitué - et il est dit de son dirigeant qu’il « va monter de l’abîme » (Apoc. 17 : 8), expression démontrant son origine (voir aussi Apoc. 13 : 4). L’influence de Satan s’exerce déjà maintenant dans le monde politique, bien entendu, mais Dieu fixe les limites de son champ d’action. Alors les choses changeront : il n’existera plus d’autorités établies de Dieu et il n’y aura plus rien pour retenir ce dominateur dans l’exercice diabolique de son activité.
Nous en arrivons au deuxième « élément », celui qui retient. Quelle personne, sur la terre, peut avoir le pouvoir de réprimer le plein déploiement du mal, et s’en aller soudain ? Il est évident qu’il ne peut s’agir d’un homme, et que « celui qui retient », c’est le Saint Esprit.
L’apôtre Jean, dans sa première épître, parle de « l’esprit de l’Antichrist », qui maintenant « est déjà dans le monde » (4 : 3), et en contraste, il dit aux croyants : « Vous, enfants, vous êtes de Dieu, et vous les avez vaincus (ceux qui ont l’esprit de l’Antichist), parce que celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » (4 : 4). Le Saint Esprit - « celui qui est en vous » - est plus puissant que l’Antichrist et peut empêcher le plein développement du mal. N’oublions pas, quand il est question du Saint Esprit, que nous n’avons pas simplement affaire à une puissance, mais à une Personne divine. Le Saint Esprit est Dieu. Il est aussi l’Esprit de vérité et s’oppose, en tant que tel, à l’esprit d’erreur. Nous sommes bien limités dans notre capacité de saisir la portée de la présence de l’Esprit de Dieu sur la terre. Non seulement il habite et opère dans les croyants, mais il exerce également son influence sur ceux qui ne connaissent pas Dieu.
Le Saint Esprit, qui « retient maintenant le fera jusqu’à ce qu’il ne soit plus là ». Il demeure aujourd’hui dans l’assemblée de Dieu d’une part (1 Cor. 3 : 16), et dans chacun des croyants d’autre part (1 Cor. 6 : 19). Le Seigneur Jésus dit explicitement en Jean 14 : 16 que l’Esprit de vérité sera avec nous éternellement. Ainsi, lorsque les croyants seront enlevés au ciel et que l’assemblée ne sera plus sur la terre, l’Esprit Saint laissera également le champ libre, son habitation n’étant plus ici-bas. L’Esprit de Dieu agira encore par le moyen de personnes individuelles - comme les témoins juifs qui prêcheront l’évangile du royaume à ceux qui n’avaient jamais entendu l’évangile de la grâce auparavant -, mais il n’habitera pas en eux comme il habite en nous. Son action sera comparable à celle qu’il exerçait aux temps de l’Ancien Testament, lorsqu’il venait momentanément sur des hommes, dans des situations particulières, afin de les rendre capables d’accomplir certaines tâches.
« Car le mystère d’iniquité opère déjà ». Cette affirmation était valable en ce temps-là, et elle l’est à plus forte raison aujourd’hui ; mais le mal n’est pas encore arrivé à son comble. Il ne faut pas confondre « le mystère d’iniquité » avec « l’apostasie » qui, elle, surviendra plus tard. En utilisant ici le mot « mystère », Paul fait certainement allusion à quelque chose qui est déjà perceptible, mais qui n’apparaît pas clairement à la surface. Jude parle à ce propos « d’impies, qui changent la grâce de notre Dieu en débauche, et qui renient notre seul Maître et Seigneur, Jésus Christ » (Jude 4). L’Ennemi a toujours essayé, depuis le commencement, de mêler la vérité au mensonge. Le Seigneur Jésus y fait allusion dans certaines des paraboles du royaume des cieux, qui sont des images de la chrétienté professante : l’ivraie dans le champ, l’arbre où viennent demeurer les oiseaux, ainsi que le levain caché dans la farine (Matt. 13).
L’apôtre Paul avait décelé, très tôt déjà, les premiers signes de cette évolution (voir Act. 20 : 29-30). Aujourd’hui, ce mystère progresse de manière effrayante. On garde encore la forme extérieure du christianisme, alors qu’en réalité on en est bien éloigné. Les églises de multitude approuvent ouvertement des pratiques qui sont en contradiction évidente avec la Parole de Dieu. L’homme est de plus en plus mis en avant, et Dieu, de plus en plus oublié. La volonté propre de l’homme triomphe et, dans une grande partie de la chrétienté, on ne s’enquiert plus du tout de la volonté de Dieu.
Nous ne mettons pas en doute qu’il y ait des chrétiens nés de nouveau dans ces églises de multitude, mais nous ne pouvons pas nier non plus que les effets du « mystère d’iniquité » soient visibles dans ces systèmes, en tant que tels. Mais, aussi effrayante que soit cette évolution, nous savons que la pleine manifestation du mal et de l’iniquité est encore à venir.
Notre intention, toutefois, n’est pas de montrer les autres du doigt, car nous faisons aussi partie de la chrétienté. Nous subissons tous l’influence de cette évolution et nous avons à nous demander sérieusement dans quelle mesure elle agit sur nous, que ce soit personnellement ou collectivement. Quelle est notre attitude envers le Seigneur et sa Parole ? Reconnaissons-nous pratiquement son autorité dans notre vie ? Et avons-nous l’énergie de nous distancer, par notre façon de faire, de ce qui devient courant dans une chrétienté qui marche vers l’apostasie ?
« Alors sera révélé l’Inique, que le Seigneur Jésus consumera par le souffle de sa bouche et qu’il anéantira par l’apparition de sa venue » (v. 8).
Le verset précédent, en nous parlant de « celui qui retient maintenant », évoque la période dans laquelle nous vivons. Elle est caractérisée par le fait que le « mystère d’iniquité » opère, tandis que l’Inique lui- même est encore retenu. Quand elle arrivera à son terme, commencera une période effroyable, bien que de courte durée, dans laquelle l’Inique sera révélé.
Ce personnage a déjà été désigné au verset 3 par les expressions « l’homme de péché » et « le fils de perdition ». Ici vient s’ajouter un autre trait de son caractère : il est « l’Inique», expression qui se rapporte, sans aucun doute, au « mystère d’iniquité » du verset 7. Il n’y aura plus de mystère lorsque l’Inique sera révélé, mais l’iniquité - personnifiée par cet homme - dominera le monde.
Il ne s’agira pas simplement de quelqu’un qui enfreindra la loi : l’Antichrist ne reconnaîtra aucune loi, ni aucune puissance au-dessus de lui-même - une attitude dont on peut d’ailleurs déjà constater les premiers signes de nos jours. Il foulera délibérément aux pieds les droits de Dieu.
Jean écrit dans sa première épître : « Quiconque pratique le péché pratique aussi l’iniquité, et le péché est l’iniquité » (3 : 4). Le caractère fondamental du péché, c’est de ne pas reconnaître, de ne pas accepter, la volonté de Dieu au-dessus de l’homme, et de la remplacer par la propre volonté. À ce propos, Daniel dit de l’Antichrist : « Et le roi agira selon son bon plaisir » (11 : 36).
Dans ce verset 8, l’entrée en scène de l’Antichrist est mise en relation directe avec sa fin, comme s’il devait être anéanti immédiatement après son apparition. En s’exprimant ainsi, l’apôtre Paul veut faire comprendre aux Thessaloniciens, pour leur plus grand encouragement, qu’aucune puissance - même satanique - ne peut s’opposer à la puissance du Seigneur. Le fait que le Seigneur anéantira un jour l’Antichrist est évident dès l’apparition de ce dernier.
Il est possible que cet « Inique » vive aujourd’hui déjà, mais en tout cas il n’a pas encore été « manifesté ». Il ne le sera qu’après l’enlèvement des croyants.
Le jugement sur l’Antichrist a déjà été prédit dans l’Ancien Testament et mis en relation avec « le souffle de la bouche » du Seigneur. Ésaïe écrit : « Il frappera la terre avec le bâton de sa bouche, et par le souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant» (És. 11 : 4). « Car Topheth est préparé depuis longtemps : pour le roi aussi il est préparé. Il l’a fait profond et large ; son bûcher, c’est du feu et beaucoup de bois : le souffle de l’Éternel, comme un torrent de soufre, l’allume » (30 : 33). Le « souffle de sa bouche » est l’expression de la puissance divine intérieure, d’une puissance qui consume sans qu’intervienne aucun instrument.
En Apocalypse 19 : 15, il est fait mention d’une épée aiguë à deux tranchants qui sort de la bouche de Celui qui juge, afin d’en frapper les nations. Cette épée nous présente le Seigneur Jésus comme un combattant. « Le souffle de sa bouche », en revanche, nous fait penser à la rapidité et à la facilité avec lesquelles Il vaincra l’ennemi.
Le jugement sera exécuté par « l’apparition de sa venue ». Ces mots se réfèrent sans doute au moment où le Seigneur Jésus apparaîtra sur la terre. Contrairement à sa venue pour les siens, cette apparition sera un événement public. Le monde pourra constater l’anéantissement de l’Antichrist. Le mot traduit par « apparition » évoque une lumière qui se met à briller. Il est utilisé pour l’apparition du Seigneur Jésus sur la terre dans son abaissement (2 Tim. 1 : 10). Et le Seigneur lui-même compare sa venue en puissance et en gloire avec l’éclair sortant de l’orient et apparaissant jusqu’à l’occident (Matt. 24 : 27). Cela nous donne une idée du resplendissement de son apparition.
D’autre part, nous voyons aussi que l’ennemi ne sera pas anéanti à distance, mais par la présence personnelle du Seigneur. Aucun autre que lui-même n’exercera ce jugement. Il se présentera comme le « Seigneur », le souverain auquel tout pouvoir a été donné, Celui auquel rien ni personne ne peut résister. Mais Il se présentera aussi comme étant « Jésus », Celui qui est venu sur la terre dans l’humilité, s’abaissant lui-même volontairement, et qui a été finalement « crucifié en faiblesse » (2 Cor. 13 : 4). Ici, il n’est fait mention ni de ses anges ni de ses saints. Il sera seul à exercer le jugement contre ce grand adversaire. Le Père lui-même « lui a donné autorité d’exercer le jugement aussi, parce qu’il est Fils de l’homme » (Jean 5 : 27).
Nous trouvons des détails au sujet du jugement en Apocalypse 19 : 19-21. L’Antichrist sera détruit en même temps que « la Bête ». Selon Apocalypse 16 : 16, ils s’assembleront pour combattre au lieu appelé Armagédon, où le dominateur romain viendra apporter de l’aide à son allié contre le roi du Nord. Mais ils seront tous deux saisis, avant même que le combat ait commencé, pour être jetés dans l’étang de feu embrasé par le soufre. Ces deux êtres sataniques seront les premiers hommes jetés en enfer, et cela avant le début du règne de mille ans. Apocalypse 20 : 10 confirme qu’ils y sont déjà lorsque Satan, à la fin de ce règne, y est jeté lui aussi. En parlant de ces trois personnages, ce dernier passage nous dit qu’ils « seront tourmentés, jour et nuit, aux siècles des siècles ». Telle est la fin terrible et le destin éternel de cette alliance satanique.
Le verset ci-dessus confirme que le mot « anéantir », dans le langage biblique, ne signifie pas « mettre fin à l’existence ».
« [L’Inique] dont la venue est selon l’opération de Satan, avec toute sorte de puissance, des signes et des prodiges de mensonge » (v. 9).
La venue de l’Antichrist « est selon l’opération de Satan ». En Apocalypse 12 : 9, nous voyons Satan précipité sur la terre. Alors il remplira de toute son influence les deux Bêtes présentées au chapitre suivant : la Bête montant de la mer (le dominateur romain) et la Bête montant de la terre (l’Antichrist). Elles agiront poussées par l’énergie de Satan. Les œuvres de l’Antichrist seront très impressionnantes, mais ce seront « des signes et des prodiges de mensonge » - conformément à leur origine, car Satan est « le père du mensonge » (Jean 8 : 44).
Les expressions « toute sorte de puissance », « signes » et « prodiges » montrent le pouvoir de séduction de cet homme. En Apocalypse 13 : 13-14, il est parlé également de « grands miracles », par lesquels il séduira « ceux qui habitent sur la terre ». Les signes et les prodiges proviennent d’un pouvoir surnaturel - ici, de toute évidence, d’une puissance satanique. C’est une contrefaçon de ce qu’ont fait le Seigneur et les apôtres. Il est dit de Lui : « Jésus le Nazaréen, homme qui a été accrédité de la part de Dieu devant vous par les miracles, les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous » (Act. 2 : 22). Mais Il faisait des miracles afin de glorifier Dieu, alors que l’Antichrist n’aura en vue que sa propre gloire et celle du dominateur romain.
Il imite les signes et les prodiges par lesquels le Seigneur Jésus, véritable homme sur la terre, a été « accrédité de la part de Dieu ». En outre, il fait descendre le feu du ciel sur la terre (Apoc. 13 : 13), produisant le signe par lequel le peuple d’Israël, au temps d’Élie, avait reconnu qui était le vrai Dieu (1 Rois 18 : 36-39). Nous avons ici une imitation de la puissance divine, dans le but de séduire les hommes et de les amener à se prosterner devant l’idole érigée dans le temple (voir Dan. 11 : 31 ; Matt. 24 : 15).
Les signes et les prodiges ont aussi marqué les premiers temps du christianisme, par la puissance du Saint Esprit (Actes 2 : 43 ; 5 : 12 ; 6 : 8 ; 8 : 13 ; 14 : 3 ; 15 : 12). Le Seigneur Jésus lui-même l’avait dit : « En mon nom ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues ; ils saisiront des serpents ; quand ils auront absorbé un breuvage mortel, cela ne leur nuira pas » (Marc 16 : 17-18). En évoquant les débuts du témoignage chrétien, l’épître aux Hébreux rappelle : « ...Dieu… ajoutant son témoignage par des signes et des prodiges, par divers miracles et par des distributions de l’Esprit Saint, selon sa propre volonté » (2 : 4). Dans l’épître aux Romains, l’apôtre parle des miracles et des prodiges qu’il a accomplis « par la puissance de l’Esprit de Dieu » (15 : 19).
Le début et la fin de l’époque chrétienne sont donc caractérisés par des signes et des prodiges, avec un contraste complet quant à l’origine de ce pouvoir surnaturel. Au temps des premiers chrétiens, il était donné par l’Esprit de Dieu, tandis qu’en ces temps de la fin, il viendra de Satan, le grand séducteur et l’imitateur de Dieu. Pour le temps qui se situe entre ces deux périodes extrêmes, nous ne trouvons aucun passage biblique évoquant de tels signes et prodiges. En Hébreux 6 : 5, il est bien question des « miracles du siècle à venir », mais cela ne concerne pas le temps actuel. Au commencement, Dieu a opéré par des miracles et Il le fera encore une fois dans le « siècle à venir ». Aujourd’hui, l’action de Dieu n’a plus besoin d’être démontrée de cette façon, car nous sommes en possession de la Parole de Dieu entière.
On peut constater de nos jours un intérêt croissant pour les phénomènes surnaturels. Cela prouve une fois de plus que « le mystère d’iniquité opère déjà ». Les événements futurs projettent pour ainsi dire leur ombre sur notre siècle. Les « miracles » dont beaucoup se réclament aujourd’hui ne sont-ils pas les premiers signes de ce développement ? Quelqu’un a écrit, il y a quelques décennies déjà : « Nous ne prétendons pas que tous ces faits soient des faux ou d’origine satanique, mais nous avons des raisons de penser qu’il en est ainsi dans un grand nombre de cas. Et si nous ne sommes pas en mesure de juger soigneusement de telles manifestations à la lumière de la Parole, nous sommes très exposés à être séduits et à faire de douloureuses expériences » (F.B. Hole). L’occultisme est en train de se répandre dans le monde christianisé, et constitue un grand danger pour nous et pour nos enfants.
« Et avec toute sorte de tromperies d’injustice pour ceux qui périssent, parce qu’ils n’ont pas accepté l’amour de la vérité pour être sauvés » (v. 10).
La manière d’agir de l’Antichrist n’est que séduction ; il opère « avec toute sorte de tromperies d’injustice ». Cette séduction a sa source dans l’injustice (ou l’iniquité).
« Ceux qui périssent », ici, ce ne sont pas des païens. Ce sont des chrétiens professants qui n’ont pas la vie de Dieu. Ils périront « parce qu’ils n’ont pas accepté l’amour de la vérité ». Ils ont entendu la vérité, mais ne l’ont pas vraiment reçue ; elle n’a pas pénétré dans leur cœur. Se contenter d’accepter la vérité de manière superficielle ou intellectuelle ne suffit pas, pas plus que d’adhérer à une profession de foi.
« L’amour de la vérité », c’est une affaire de cœur. On peut périr tout en connaissant la bonne doctrine. Le baptême, l’assiduité aux réunions, ou même la participation à la Cène, ne peuvent sauver quelqu’un de la perdition éternelle. Ce qui nous donne le salut, c’est « l’amour de la vérité », c’est-à-dire l’acceptation de ce que Dieu, dans « la parole de la vérité », dit de Lui-même, de nous et de l’œuvre de rédemption du Seigneur Jésus. Le passage d’Hébreux 10 : 26 montre clairement qu’on peut bien avoir reçu une certaine « connaissance de la vérité » et néanmoins périr. Ce qu’il nous faut, c’est « la foi de la vérité » (2 Thes. 2 : 13), « l’obéissance à la vérité » (1 Pi. 1 : 22), « l’amour de la vérité ».
La vérité est ici en contraste évident avec le mensonge, dont il vient d’être question. Celui qui, aujourd’hui, refuse l’amour de la vérité, ajoutera foi, demain, aux signes et prodiges de mensonge de l’Antichrist.
Maintenant déjà, au lieu de se tourner vers la vérité, beaucoup ne désirent pas autre chose que le mensonge. « Or c’est ici le jugement : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean 3 : 19).
Ce qui arrivera à ceux qui ont rejeté la vérité est un acte du juste jugement de Dieu. « Ne vous y trompez pas : on ne se moque pas de Dieu ; car ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6 : 7). Par le fait qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité et qu’ils n’ont pas obéi à l’évangile (voir 2 Thes.1 : 8), ces hommes font venir sur eux la condamnation éternelle. Le mot utilisé ici pour « périr » a la même racine que le mot « perdition » au verset 3. Celui qui périt partage le destin de l’Antichrist pour toute l’éternité.
« C’est pourquoi, Dieu leur envoie une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge » (v. 11).
Il ne s’agit pas ici du jugement éternel contre les impies (Apoc. 20 : 11-15), mais d’un jugement temporel, d’un endurcissement gouvernemental. Il s’exerce contre des hommes qui n’étaient chrétiens que de nom. Les mots « c’est pourquoi », par lesquels commence ce verset, soulignent le fait que cet endurcissement est une conséquence de leur conduite. Non seulement ils périront parce qu’ils ont refusé « l’amour de la vérité », mais ils seront endurcis, de leur vivant, par Dieu lui-même. Durant le temps de la grâce, ils ont foulé aux pieds la vérité et le salut qui leur était offert. Ils ont ainsi fixé eux-mêmes leur propre sort. Ils ont voulu les ténèbres et ils les ont eues. Ils ont refusé la vérité et ils devront croire au mensonge.
Ce sera un temps où ceux qui auront entendu l’évangile de la grâce ne pourront plus se convertir. Dieu leur enverra une énergie d’erreur à laquelle ils ne pourront pas résister. Ils ne pourront faire autrement que de croire au mensonge de l’Antichrist. Le verset 4 nous a déjà appris en quoi consiste ce mensonge. L’Antichrist se présentera lui-même comme étant Dieu et s’élèvera « contre tout ce qui est appelé Dieu ou qui est un objet de vénération ». Ceux qui auront refusé de rendre hommage au Fils de Dieu seront contraints à rendre hommage aux puissances diaboliques. Ce sera leur jugement.
Dans le temps actuel, Dieu agit encore par sa grâce et opère dans les cœurs en particulier, afin d’amener les hommes à la repentance. Cela n’exclut pas, évidemment, qu’Il peut endurcir certains d’entre eux. Le Pharaon d’Égypte en est un exemple bien connu. En ce qui le concerne, l’endurcissement opéré par Dieu était une conséquence de son propre endurcissement. Lorsqu’il a clairement démontré qu’il refusait d’écouter les paroles de Dieu prononcées par Moïse, Dieu a endurci son cœur de façon qu’il ne puisse plus les écouter.
Nous trouvons aussi dans la Bible des exemples d’endurcissement collectif, et toujours comme un acte du gouvernement de Dieu. Dans le premier chapitre de l’épître aux Romains, il est parlé de l’endurcissement des nations qui s’étaient détournées de Dieu, leur Créateur. Au moment où leur faute a été clairement manifestée, « Dieu les a livrés… » (v. 24, 26, 28) ; c’est chaque fois leur comportement qui en est la raison. En Romains 11, Paul parle de façon détaillée de l’endurcissement du peuple d’Israël (voir particulièrement les versets 7 et 25). Sa cause, ici encore, c’est la conduite même de ce peuple, qui s’est constamment détourné de Dieu et en est arrivé à crucifier le Messie. Ésaïe l’a annoncé déjà : « En entendant vous entendrez et vous ne comprendrez pas, et en voyant vous verrez et vous ne connaîtrez pas. Engraisse le cœur de ce peuple, rends ses oreilles pesantes et bouche ses yeux, de peur qu’il ne voie des yeux, n’entende de ses oreilles, ne comprenne de son cœur et ne se convertisse, et qu’il ne soit guéri » (És. 6 : 9-10). Ce passage est cité plusieurs fois dans le Nouveau Testament, en particulier en Jean 12 : 40.
Ce verset 11 parle de l’endurcissement d’une troisième catégorie de personnes : la chrétienté apostate. Il est effrayant de penser que des hommes qui auraient pu connaître la vérité de Dieu vont être frappés par ce jugement. Ils ne pourront plus croire la vérité, et ils devront croire au mensonge. Ils n’auront plus la possibilité de se convertir. Bien qu’ils soient encore vivants, il sera trop tard. Dieu, dans sa patience, offre aujourd’hui encore le salut à tous les hommes. Y aurait-il, parmi nos lecteurs, quelqu’un qui connaît la vérité mais ne l’a pas vraiment reçue dans son cœur ? Aujourd’hui, vous pouvez encore saisir le salut, mais si le Seigneur vient demain, vous ne le pourrez plus. Vous croirez, et devrez croire, au mensonge et vous serez perdu pour l’éternité.
« Afin que soient jugés tous ceux qui n’ont pas cru la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice » (v. 12).
Ici, « juger » signifie certainement : prononcer et exécuter le jugement. Deux motifs de ce jugement sont mentionnés : ceux qui le subissent n’ont pas cru la vérité et ils ont pris plaisir à l’injustice. Bien qu’ayant entendu la vérité, ils ne l’ont ni aimée ni crue, et ils n’y ont pas obéi. Ils ont peut-être eu « l’apparence de la piété » mais ils en ont « renié la puissance » (2 Tim. 3 : 5). Et non seulement cela, mais ils ont pris plaisir à l’injustice, ce qui prouve qu’ils n’ont jamais passé par la nouvelle naissance.
Les croyants peuvent tomber dans le péché, mais ils n’y prennent pas plaisir. Une brebis peut tomber dans la boue, mais elle s’efforce aussitôt d’en sortir, car elle ne s’y sent pas à l’aise. Il en est tout autrement du porc : rien ne sert de le laver, il retourne toujours dans le bourbier (2 Pi. 2 : 21-22). C’est le comportement de ceux dont il est parlé ici.
Les hommes dont il est question dans les versets 10 à 12 n’auront aucune nouvelle offre de salut. Ce sera comme dans la parabole du grand festin, que le Seigneur Jésus conclut en disant : « Car je vous dis qu’aucun de ces hommes qui ont été invités ne goûtera de mon dîner » (Luc 14 : 24). Celui qui foule aux pieds la grâce de Dieu en subira les conséquences pour l’éternité.
Ceux qui, en revanche, n’auront jamais entendu l’évangile de la grâce auparavant, auront alors la possibilité de recevoir « l’évangile du royaume », annoncé par des messagers juifs en vue du Millénium. Et même s’ils n’entendent pas ce message-là, ils pourront répondre à « l’évangile éternel » du Dieu Créateur et reconnaître Celui qui a créé les cieux et la terre. Il est remarquable que Dieu parle de l’évangile éternel en Apocalypse 14 : 6, c’est-à-dire après le chapitre 13 où apparaissent les deux Bêtes. Le Dieu de grâce se penchera encore une fois, durant ces temps terribles, vers les hommes qui n’ont jamais entendu l’évangile de la grâce, en leur donnant la possibilité de Lui rendre hommage en tant que Créateur.
E. A. Bremicker – Messager évangélique (2000 p. 198-203, 239-250)
À suivre