LA DÉPRESSION D’ÉLIE
Élie, le prophète de l’Éternel
La mission d’Élie et sa victoire
La dépression d’Élie (1 Rois 19)
La fin du service d’Élie
Jésus Christ, notre soutien
Élie, le prophète de l’Éternel
Le prophète Élie a été suscité par le Dieu d’Israël dans un temps difficile. Le méchant roi Achab régnait alors, et il faisait « ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, plus que tous ceux qui avaient été avant lui… plus que tous les rois d’Israël qui avaient été avant lui, pour provoquer à la colère l’Éternel, le Dieu d’Israël ». Aidé par sa femme Jézabel, une Cananéenne de Sidon (voir Jug. 1 : 31), Achab avait mis en place le culte de Baal sur tout le territoire d’Israël (1 Rois 16 : 30-33). Et tout le peuple avait abandonné l’Éternel, le seul vrai Dieu, pour adopter le culte idolâtre du roi (voir Ex. 19 : 3-6).
Dieu fait alors tomber sur Israël un jugement sévère. Il retire sa bénédiction sur le pays, en faisant en sorte qu’il n’y ait plus de rosée ni de pluie (1 Rois 17 : 1) ; telle est la triste conséquence de l’abandon de l’Éternel (voir Deut. 28 : 15, 20, 22). Une famine qui durera 3 ans et demi va s’étendre sur le pays (18 : 1). C’est Élie, le premier grand prophète d’Israël, que Dieu charge d’annoncer le jugement.
Le nom d’Élie représente bien ce qu’il était : « celui dont le Dieu est l’Éternel ». Son cœur était engagé pour son Dieu (voir Jér. 30 : 31). Il témoigne clairement qui est Celui qu’il sert fidèlement, et il montrera sa ferme position, au contraire de ce pauvre peuple qui s’était détourné de Dieu pour servir d’autres dieux et attirait ainsi sur lui la colère de l’Éternel (voir Deut. 11 : 16-17).
La mission d’Élie et sa victoire
La mission d’Élie (1 Rois 17)
Le prophète Élie est séparé pour Celui qui seul est son Dieu, et il demeure dans sa présence. Envoyé par Dieu, il se présente devant le roi d’Israël avec ces paroles d’introduction : « L’Éternel, le Dieu d’Israël, devant qui je me tiens... » (17 : 1 ; voir encore 18 : 15). Le prophète se tenait toujours à la disposition de son Dieu, pour recevoir ses ordres et Lui obéir. C’est pourquoi Dieu pouvait adresser sa parole à Élie, sachant qu’il accepterait et accomplirait sa mission sans discuter (17 : 2, 18 : 1 ; 19 : 9 ; 21 : 17, 28), ce que Jonas n’a pas fait (Jon. 1 : 1-3). Élie a l’assurance de la foi, qui sait que ce que Dieu a dit, Il le fera (voir Nom. 23 : 19 ; És. 46 : 10).
Écouter et obéir, c’est la caractéristique d’un serviteur fidèle, et nous pensons à un bien plus grand qu’Élie, le Serviteur parfait qui pourra dire par l’esprit prophétique : « Il me réveille chaque matin, il réveille mon oreille pour que j’écoute comme ceux qu’on enseigne. Le Seigneur l’Éternel m’a ouvert l’oreille, et moi je ne me suis pas rebellé, je n’ai pas reculé » (És. 50 : 4-5).
Pour accomplir le service que nous avons reçu du Seigneur, quatre conditions sont nécessaires : la foi en la Parole de Dieu, l’obéissance à sa volonté, la dépendance réalisée par la prière, l’humilité qui donne toute la grandeur et l’honneur à Dieu.
C’est en manifestant ces qualités qu’Élie va accomplir 7 miracles revêtant trois caractères différents :
- 2 miracles en jugement : la sécheresse sur la terre d’Israël (17 : 1) et le feu du ciel qui tombera par deux fois sur les soldats du roi Achazia (2 Rois 1 : 9-12) ;
- 2 miracles en puissance : le feu de l’Éternel qui tombera sur l’autel dressé par Élie sur le Carmel (1 Rois 18 : 38) et le passage à sec du Jourdain avec Élisée, son successeur (2 Rois 2 : 8) ;
- 3 miracles en bénédiction : le salut de la veuve de Sarepta qui mourait de faim (17 : 14-16) ; la résurrection du fils de cette veuve (v. 21-23) et la pluie rendue à la terre d’Israël (18 : 41-45).
Après avoir délivré son message à Achab, le prophète doit demeurer seul et caché pendant toute la période de famine. Mais il est sous la protection divine et l’objet particulier des soins de Dieu, qui pourvoit à la vie de son serviteur par des moyens auxquels l’homme n’aurait jamais pensé : des corbeaux, une femme pauvre et veuve. Puis, au bout de trois ans et demi, Élie reçoit la nouvelle mission de retourner vers Achab pour lui annoncer que Dieu allait donner à nouveau de la pluie. La grâce de Dieu va amener de nouveau la bénédiction sur le pays, mais Israël devra reconnaître que l’Éternel seul est Dieu.
La victoire d’Élie (1 Rois 18)
Élie va alors se montrer comme étant le champion de l’Éternel face à Baal et ses 450 prophètes, plus les 400 prophètes de l’ashère (image de la divinité féminine des Cananéens), et Achab, le roi d’Israël, qui avait dressé un autel à Baal et se prosternait devant lui. Tout Israël était là, hésitant entre Baal et l’Éternel et ne sachant se décider (v. 18-19). Plus tard dans l’histoire de ce peuple infidèle, le prophète Jérémie pourra demander de la part de l’Éternel : « Qui est celui qui engage son cœur pour venir à moi ? dit l’Éternel. Et vous serez mon peuple, et moi je serai votre Dieu » (Jér. 30 : 21-22). Le prophète va démontrer avec puissance que l’Éternel seul est Dieu, et qu’Il est le Dieu d’Israël (18 : 36-37, 39).
Son extraordinaire victoire sera suivie d’une fervente et instante prière. En réponse à cette prière de foi, la pluie tombe à nouveau sur la terre d’Israël « et la terre produisit son fruit » (Jac. 5 : 16-17). Quel triomphe pour le Dieu d’Israël, remporté par l’intermédiaire de l’homme de Dieu dont la foi a brillé d’une manière admirable ! En effet, c’est Dieu qui est victorieux et exalté, reconnu comme le seul vrai Dieu par tout Israël (v. 39). Élie n’avait été que l’instrument employé par Dieu pour déployer sa puissance.
Il en est ainsi dans tout service et pour tout serviteur. Dieu se plaît à nous employer pour le service qu’Il confie à chacun, mais c’est à Lui seul que doit en revenir tout honneur et toute gloire. Élie a pu dire dans sa prière à son Dieu : « C’est par ta parole que j’ai fait tout cela » (v. 36), tout ce qu’il avait préparé avec foi pour que l’Éternel se manifeste en puissance à son peuple ; mais c’est Dieu qui fait tomber sur l’autel le feu qui « consuma l’holocauste, le bois, les pierres, et la poussière, et lécha l’eau qui était dans le fossé » (v. 38).
La dépression d’Élie (1 Rois 19)
Faiblesse et force
Cependant, comme dans l’histoire du peuple d’Israël après sa victoire extraordinaire sur Jéricho (Jos. 7 : 3-5), il peut nous arriver de penser : « Ma puissance et la force de ma main m’ont acquis » tel succès, ou les bénédictions de Dieu ; ou : « C’est à cause de ma justice et de la droiture de mon cœur que l’Éternel » a fait ceci ou cela… (Deut. 8 : 17 ; 9 : 4). Nous oublions alors qu’aucune gloire ne peut se trouver dans notre chair, car il faut « que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur » (1 Cor. 1 : 28-31 ; 2 Cor. 10 : 16-18).
Ainsi, lors d’une prochaine tentation, ou combat, qui ne manquera pas d’arriver, nous devrons rester dans une position d’humilité devant Dieu ; sinon, en voulant mener le combat avec nos propres forces, nous serons conduits à une amère défaite. Une telle issue nous amènera alors à considérer notre propre faiblesse et, occupés de nous-mêmes, la tristesse et le découragement nous atteindront bientôt. Nous ne penserons plus qu’à notre état misérable et, n’ayant plus le Seigneur, devant nous, nous perdrons notre confiance en Lui. Nous aurons alors peur de l’homme, comme Élie a eu peur de Jézabel, alors qu’elle ne lui inspirait aucune crainte tant qu’il se tenait devant l’Éternel (v. 3 ; comp. Héb. 13 : 5b-6). Ce n’est que lorsque nous détournons nos regards de nous-mêmes pour regarder au Seigneur, que nous pouvons nous appuyer sur la force qui vient de Lui seul. Nous trouvons cette force dans sa présence réalisée auprès de nous, et dans sa grâce. Soyons consolés en considérant ce que l’apôtre Paul a reçu de la part du Seigneur : « Le Seigneur s’est tenu près de moi et m’a fortifié » (2 Tim. 4 : 17a) ; pensons aussi à son exhortation à Timothée, afin de la mettre en pratique : « Toi donc… fortifie-toi dans la grâce qui est dans le Christ Jésus » (2 Tim. 2 : 1).
Puissions-nous avoir appris cette leçon importante que l’apôtre nous donne encore, en rapportant ce que Dieu lui a dit : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse », et en affirmant : « Je me glorifierai donc très volontiers plutôt dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ demeure sur moi... lorsque je suis faible, alors je suis fort » (2 Cor. 12 : 9-10). Déjà David avait pu écrire : « … deux fois j’ai entendu ceci, que la force est à Dieu » (Ps. 62 : 12). Que notre confiance et notre dépendance de Dieu se maintiennent en tout temps, afin de pouvoir marcher « de force en force » jusqu’au bout du chemin (Ps. 84 : 8) !
Le découragement du prophète
Devant les menaces de mort de Jézabel, Élie prend peur et perd tout courage ; il s’enfuit pour sauver sa vie. L’homme obéissant et dépendant qui était parti, sur la parole de l’Éternel, au torrent du Kerith, puis à Sarepta, prend maintenant de lui-même un autre chemin et s’enfonce dans le désert, ne recherchant plus la pensée de Dieu et s’éloignant de Lui. Cet homme, jusque-là plein d’énergie, devient totalement inactif. Il connaît une profonde dépression qui le conduit à désirer la mort (19 : 4). « Excessivement chargé, au-delà de [ses] forces », il en est au point qu’il a « même désespéré de vivre », comme le dira même l’apôtre Paul (voir 2 Cor. 1 : 8). Désespéré, épuisé, il se couche sous un genêt et s’endort de tristesse.
L’intervention divine
Mais Dieu, dans sa grâce, n’abandonne pas son serviteur défaillant. Il veut le ramener à Lui et intervient par le moyen d’un ange afin de donner au prophète les forces nécessaires pour se tenir à nouveau dans la présence de son Dieu. Ce chemin de retour était « trop long » (v. 7) pour le faible Élie ; alors la force pour marcher lui est donnée par Dieu. Nous voyons encore qu’Il est toujours pour nous la source de notre force (voir Éph. 6 : 10).
Il faudra à Élie 40 jours et 40 nuits pour revenir dans la présence de son Dieu. Combien il s’était éloigné de Lui ! Nous faillissons souvent et à bien des égards (Jac. 3 : 2), et nous perdons facilement la communion avec le Père et le Fils (1 Jean 1 : 3b). Il faut ensuite du temps, des soins et de la patience de la part du Seigneur pour restaurer la communion perdue. Puissions-nous être attentifs au maintien de ce précieux privilège que nous avons en tant qu’enfants de Dieu, d’avoir une part commune en pensée, et en sentiment avec le Père et le Fils. Car le chemin du retour peut être long et difficile. Cependant, la grâce fidèle du Seigneur nous aidera à faire ce chemin de retour et Il est prêt à nous recevoir à nouveau, même si nous L’avons oublié pour un moment (voir Jér. 3 : 21-22). Sa promesse, plusieurs fois répétée dans la Parole, ne s’est jamais démentie et ne se démentira jamais : « Je ne te laisserai pas et je ne t’abandonnerai pas » (Jos. 1 : 5 ; Héb. 13 : 5 ; Gen. 28 : 15 ; Deut. 31 : 6, 8 ; Ps. 37 : 28…). Quel Dieu bon et fidèle !
Une nourriture qui fortifie
Nous devons nous nourrir de la Parole de Dieu ; elle est la vie et la joie de nos cœurs (Ps. 119 : 50 ; Jér. 15 : 16), la source de notre force spirituelle. Si nous nous nourrissons de nos difficultés, nous nous affaiblissons spirituellement et nous déprimons.
La Parole de Dieu est merveilleuse : la nourriture spirituelle que nous y trouvons est toujours adaptée à notre état spirituel. L’apôtre Paul n’écrira pas les mêmes choses aux croyants d’Éphèse qu’à ceux de la Galatie ; l’apôtre Jean adressera des messages différents à chacune des sept assemblées d’Asie (Apoc. 2 et 3).
Au torrent du Kerith, Élie, obéissant et dépendant, recevait par le moyen des corbeaux une nourriture appropriée à son bon état : du pain et de la viande. Le pain représente l’humanité du Seigneur Jésus, descendu du ciel pour donner la vie aux hommes (Jean 6 : 35, 48, 51…) ; la viande convient à celui qui fait « la volonté de celui qui l’a envoyé » (Jean 4 : 34). Faire cette volonté divine et accomplir l’œuvre que le Père Lui avait donnée à faire, a été la nourriture constante du Fils de Dieu sur la terre. Élie pouvait aussi boire l’eau vive du torrent, trouvant ainsi du rafraîchissement pour son âme dans l’épreuve de la solitude, comme le Seigneur Jésus trouvait du réconfort de la part de son Père dans le chemin solitaire qui le conduisait jusqu’à la croix (Ps. 110 : 7).
Maintenant, dans le désert, c’est un ange, serviteur de l’Éternel, qui apporte au prophète épuisé de quoi reprendre des forces : un gâteau cuit sur les pierres chaudes, et de l’eau. Ces aliments nous parlent de Celui en qui est la force (Ruth 2 : 1) et dans la force duquel nous trouvons celle dont nous avons besoin. Le gâteau cuit évoque l’offrande de gâteau qui est un type de la vie de l’Homme parfait sur la terre, une vie de souffrance où Il a connu « la contradiction de la part des pécheurs contre lui-même » (Héb. 12 : 3), mais une vie entièrement pour le plaisir de Dieu (Lév. 2 : 9). L’eau nous parle de la Parole de Dieu, qui rafraîchit notre âme et qui est le Fils de Dieu Lui-même (Jean 1 : 1-2, 14).
Élie à Horeb
Avec la force de ces aliments, Élie arrive à Horeb, la montagne de Dieu (v. 8 ; voir És. 40 : 29). La période de 40 jours et 40 nuits nous fait penser au temps que Moïse a passé, à deux reprises, avec l’Éternel sur la même montagne ; c’est là qu’il a reçu les tables de la Loi pour Israël qui s’était engagé à faire « tout ce que l’Éternel a dit » (Mal. 4 : 4 ; Ex. 19 : 8 ; 24 : 3, 7). À Horeb, il n’y a rien pour l’homme naturel, pour la chair - Horeb signifie : aride. Mais c’est le lieu où l’on peut goûter et éprouver la présence de Dieu. Et si Horeb est la montagne de la dispensation de la Loi, Élie va néanmoins y trouver le Dieu de la grâce.
Le nombre 40, souvent utilisé dans la Parole de Dieu, nous parle d’une épreuve, d’un test de l’homme, dans une période complète de temps (40 jours, 40 ans). Israël a passé 40 ans dans le désert, durant lesquels Dieu a dû l’humilier et l’éprouver, afin qu’il apprenne à « connaître ce qui était dans (son) cœur », à garder les commandements de la parole de Dieu et connaître aussi que « l’homme ne vit pas de pain seulement, mais que l’homme vivra de tout ce qui sort de la bouche de l’Éternel » (Deut. 8 : 2-3). C’est une leçon importante, rappelée par le Seigneur Jésus lors de la tentation au désert (Matt. 4 : 4 ; Luc 4 : 4). Lui-même, l’homme parfait, a passé 40 jours dans le désert, sans nourriture pour son corps, et tenté par Satan. Puis Il a triomphé du diable par la Parole de Dieu (voir Luc 4 : 1-13). Quel exemple Il nous donne ! Il nous montre que nous pouvons surmonter la tentation par la puissance de la Parole de Dieu, mais aussi que notre âme de croyant a besoin d’être nourrie et fortifiée par la Parole de Dieu.
Les questions de Dieu à l’homme
La parole de Dieu vient à nouveau à Élie, après qu’il ait trouvé du repos dans la caverne. Mais cette fois-ci ce n’est pas une mission qui lui est confiée – il ne serait pas en état de l’accomplir -, mais c’est une question qui lui est adressée. Elle sonde l’âme et la conscience du prophète : « Que fais-tu ici, Élie ? ». Les questions de Dieu mettent notre cœur à nu, manifestant notre propre état et révélant notre relation avec Dieu.
Pensons à la première question que Dieu pose à l’homme. C’est dans le jardin d’Éden, alors que, par l’homme, le péché vient d’entrer dans le monde. Adam cherche à se cacher de devant Dieu, conscient d’avoir désobéi au seul commandement par lequel sa fidélité était éprouvée et sa responsabilité engagée (Gen. 3 : 10). Mais il n’est pas possible d’échapper au regard de Dieu (voir Ps. 139 : 7-12). Alors Adam entend la voix de l’Éternel qui lui demande : « Où es-tu ? » (Gen. 3 : 9). Question solennelle, qui s’adresse encore aujourd’hui à tout homme, descendant d’Adam et pécheur devant Dieu. Dieu savait très bien où était Adam, mais il faut que l’homme se tienne à découvert devant Dieu et confesse son péché devant Lui, car sa propre justice (les vêtements de feuilles de figuier) ne peut dissimuler son état de pécheur devant Celui dont il est dit que « ses yeux voient, ses paupières sondent les fils des hommes » (Ps. 11 : 4 ; voir Ps. 139 : 1-3).
Puis l’Éternel Dieu adresse une deuxième question, cette fois à Ève : « Qu’est-ce que tu as fait ? » (v. 13). La femme doit avouer qu’elle a mangé du fruit qui lui était défendu. La conséquence en était la mort (2 : 17) et effectivement, moralement, Adam et Ève sont morts à ce moment-là. Mais Dieu donne une ressource et annonce déjà Celui qui « brisera la tête » du serpent, au prix de sa propre vie (v. 15).
Hélas, le péché se complétera avec Caïn, le premier homme né sur la terre, qui tuera son propre frère, « parce que ses œuvres étaient mauvaises et que celles de son frère étaient justes » (1 Jean 3 : 12). L’homme avait péché contre Dieu, il pèche maintenant contre son frère. Et Dieu pose une troisième question à l’homme, à Caïn : « Où est Abel, ton frère ? », complétée par une autre : « Qu’as-tu fait ? » (4 : 9-10). La place de l’homme aurait dû être près de Dieu (« Où es-tu ? »), mais il l’avait perdue par sa faute. Et maintenant, c’est de ses actes qu’il doit rendre compte à Dieu (« Qu’as-tu fait ? »).
Toute l’histoire de l’homme est résumée dans ces deux questions. Aujourd’hui, Dieu les pose à tout homme : Où sommes-nous et qu’avons-nous fait ? C’est comme s’Il nous disait : Es-tu près de moi, dans ma communion, dans la position de fils et dans la relation d’enfant avec son Père, ou loin de moi, dans tes péchés ? Qu’as-tu fait de mon Fils bien-aimé, mort sur la croix pour tes péchés ? L’as-tu accepté comme ton Sauveur, où refuses-tu de venir à Lui en confessant tes péchés qui te tiennent éloigné de moi, mais pour lesquels Christ a souffert et a donné sa vie afin de t’amener près de Dieu (1 Pi. 3 : 18) ?
Élie devant Dieu
- Le mauvais état du prophète
Revenons à Élie. L’Éternel, qui connaît tout, qui « sonde les cœurs et les reins » (Ps. 7 : 10 ; Jér. 17 : 10), demande à son serviteur d’ouvrir son cœur devant Lui. « Il sait de quoi nous sommes formés, il se souvient que nous sommes poussière » (Ps. 103 : 14) ; ainsi sa grâce et ses compassions sont à la disposition de tout serviteur défaillant. Plein d’amertume, Élie n’est occupé que de lui-même, de sa propre justice et du zèle qu’il a montré pour Dieu, et tout cela lui paraît avoir été finalement en vain ! Il regarde à l’état misérable du peuple et estime qu’il n’y avait plus rien à faire pour eux, ce qui le conduit à faire « requête à Dieu contre Israël » (v. 10 ; Rom. 11 : 3). Centré sur lui-même et sa profonde tristesse, il ajoute : « Je suis resté, moi seul » (v. 10).
Élie aurait pu constater que l’Éternel n’allait pas le juger - Il n’était pas dans le « vent impétueux », ni dans le « tremblement de terre, ni dans le « feu » - car Dieu se présentait devant lui en grâce (la « voix douce et subtile »). Mais hélas, le prophète ne semble pas être touché par cette grâce. Et lorsque la question lui est posée une seconde fois : « Que fais-tu ici, Élie ? », il s’obstine dans sa prétention à être le seul juste en Israël (v. 14) – il ignorait que Dieu s’était réservé 7 000 hommes qui ne s’étaient pas inclinés devant Baal (v. 18). N’oublions jamais que « le Seigneur connaît ceux qui sont à lui » (2 Tim. 2 : 19) ! H. Smith a écrit : « Tout ce qu’il dit est vrai quant aux faits, mais l’esprit dans lequel cela est dit est absolument faux. Il est facile de discerner l’orgueil blessé, l’esprit rempli d’amertume, qui se cachent derrière ses paroles et amènent le prophète à parler en bien de lui et seulement en mal du peuple de Dieu ».
- Un contraste avec Élie : le Serviteur parfait
Quel contraste avec le Serviteur de l’Éternel ! Voici ce qu’Il dit, par l’esprit prophétique, au sujet de son service : « J’ai dit : “J’ai travaillé en vain, j’ai consumé ma force pour le néant et en vain ; toutefois mon jugement est auprès de l’Éternel, et mon œuvre auprès de mon Dieu.” Et maintenant, dit l’Éternel, qui m’a formé dès le ventre de ma mère pour lui être serviteur afin de lui ramener Jacob… ; quoique Israël ne soit pas rassemblé, je serai glorifié aux yeux de l’Éternel, et mon Dieu sera ma force… Il me dit : “C’est peu de chose que tu me sois serviteur pour rétablir les tribus de Jacob et pour ramener les préservés d’Israël ; je te donnerai aussi pour être une lumière des nations, pour être mon salut jusqu’au bout de la terre” » (És. 49 : 4-6). Le zèle du parfait Serviteur n’a jamais failli, quoiqu’il Lui en ait coûté (Ps. 69 : 10 ; voir Jean 2 : 13-17).
Le Seigneur Jésus n’a jamais perdu courage, malgré la haine et le rejet qu’Il a rencontré de la part de son peuple. Il pouvait dire : « Je me suis toujours proposé l’Éternel devant moi ; parce qu’il est à ma droite je ne serai pas ébranlé » (Ps. 16 : 8). Il ne regardait pas à Lui-même, mais Il faisait tout pour la gloire de Dieu, accomplissant jusqu’au bout, au prix de sa vie donnée sur la croix, l’œuvre que le Père Lui avait donnée à faire (Jean 17 : 4).
- Découragement et tristesse
Mais Élie avait détourné les yeux de son Dieu ; les menaces de la méchante Jézabel lui avaient fait craindre pour sa vie, alors qu’il s’était auparavant tenu sans peur devant Achab, confiant dans la protection et la puissance du Dieu devant lequel il se tenait. Cette puissance divine s’était pourtant manifestée à Élie, et il s’était appuyé sur elle à 7 reprises :
- en fermant les cieux en réponse à la prière du prophète et selon sa parole (17 : 1) ;
- en lui permettant de se tenir devant Achab sans que celui-ci ne le mette à mort (17 : 1 ; 18 : 1) ;
- en lui fournissant sa nourriture par le moyen de corbeaux (17 : 4, 6) ;
- en le nourrissant ensuite par le moyen d’une pauvre veuve sans ressource (17 : 9, 12) ;
- en ressuscitant le fils de cette veuve (17 : 21-23) ;
- en faisant descendre le feu sur l’autel inondé (18 : 38) ;
- en faisant venir un nuage qui a ramené la pluie sur le pays (18 : 44-45).
Le courage d’Élie aurait dû être ranimé, s’il avait su répondre dans son cœur à cette question que posera plus tard l’apôtre Paul : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rom. 8 : 31). Qu’étaient Jézabel et ses menaces devant Dieu ? La belle conclusion de Romains 8 est fortifiante et encourageante pour le croyant éprouvé : « Car je suis assuré que ni mort, ni vie, ni anges, ni pouvoirs, ni choses présentes, ni choses à venir, ni puissances, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu, qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur » (v. 38-39). Puissions-nous maintenir une telle assurance dans nos cœurs, afin que, pleins de confiance en Celui qui ne nous abandonnera jamais, nous disions : « Le Seigneur est mon aide ; je ne craindrai pas : que me fera l’homme ? » » (Héb. 13 : 5-6).
Mais toutes les pensées du prophète restaient centrées sur lui-même, et le découragement et la tristesse l’avaient éloigné du Dieu devant qui il se tenait jusque-là. Il avait ainsi oublié toutes les manifestations de la puissance divine qu’il avait éprouvées auparavant, et perdu toute son assurance en Dieu. Cela peut nous arriver lorsque nous nous détournons du Seigneur au moment où les difficultés nous paraissent insurmontables. Nos circonstances nous accablent, notre fardeau est trop lourd, notre fatigue trop grande… Levons nos regards vers le Seigneur (voir Ps. 121 : 1-2), cherchons les encouragements de Dieu dans sa Parole : « Rejette ton fardeau sur l’Éternel, et il te soutiendra » (Ps. 55 : 23) ; « … rejetant sur lui tout votre souci, car il prend soin de vous » (1 Pi. 5 : 7). La grâce de Dieu est notre ressource, sa force vient pallier notre faiblesse.
« La fin accordée par le Seigneur » (Jac. 5 : 11)
Dès lors le service d’Élie doit lui être ôté pour être confié à un autre. Quelle tristesse de voir la défaillance du prophète et ses conséquences ! Nous comprenons que ce grand serviteur de l’Éternel était un homme ayant « les mêmes penchants que nous » (Jac. 5 : 17), avec les faiblesses qui nous caractériseront toujours tant que nous serons sur la terre. Seul le Seigneur Jésus a accompli en perfection son service, pour la pleine gloire de Dieu. Il n’y a que Lui qui pourra recevoir ce témoignage, de la part même d’un malfaiteur : « Celui-ci n’a rien fait qui ne doive pas se faire » (Luc 23 : 41). Et quel témoignage que celui de Jésus Lui-même qui dira à son Père : « Moi, je t’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire » (Jean 17 : 4) ! Quel Modèle que celui que nous avons en Lui ! Inatteignable, certainement, mais qu’il nous soit accordé de désirer L’imiter le mieux possible dans le service qui nous a été confié…
Restauré dans sa communion avec Dieu après la discipline divine, Élie est de nouveau celui « qui se tient devant l’Éternel ». Il accomplira encore plusieurs missions que Dieu lui confiera (v. 15-16) :
- Il se tiendra une dernière fois devant Achab, comme autrefois dans l’obéissance à la parole de l’Éternel, avec un courage renouvelé et assuré que personne ne pourra lui faire du mal. Nous pensons à la parole du Seigneur à Paul :?« Ne crains pas, mais parle, ne te tais pas, parce que je suis avec toi ; et personne ne mettra les mains sur toi pour te faire du mal » (Act. 18 : 9-10)).
- Il oindra Hazaël roi sur la Syrie et cet homme sera un instrument de jugement sur Israël (voir 2 Rois 7 : 12-13 ; 8 : 32-33).
- Jéhu sera oint roi sur Israël. Toutefois Élie lui-même n’accomplira pas cette mission, ni même son successeur, Élisée, le prophète de la grâce (voir 2 Rois 9 : 1-15). L’énergique Jéhu sera l’exécuteur de la colère de l’Éternel (9 : 7-10) et exterminera Baal du milieu d’Israël, mais il ne se détournera pas des veaux d’or du roi Jéroboam (2 Rois 10 : 28-31).
- Il prophétisera la déchéance et la mort du méchant roi Achab, ainsi que celle de Jézabel (21 : 26).
- Puis nous le retrouverons au temps du roi Achazia, le fils d’Achab, auquel le prophète annoncera sa mort à cause de son idolâtrie (2 Rois 1 : 3-17).
L’enlèvement d’Élie
Nous voyons Élie pour la dernière fois dans l’histoire des rois d’Israël, lorsqu’il « passe le relais » du prophète à Élisée, qui portera désormais le manteau de prophète et sera prophète à sa place (19 : 16 ; voir 2 Rois 2 : 13-15). Devant les yeux d’Élisée, son maître est enlevé au ciel dans un tourbillon, sur un char de feu (2 Rois 2 : 1-14). Quel événement glorieux, qui évoque pour nous le moment proche où nous serons « enlevés… dans les nuées à la rencontre du Seigneur, en l’air » pour être « pour toujours avec le Seigneur » (1 Thes. 4 : 17) ! Que la pensée de ce glorieux enlèvement vers Lui donne du courage à tous les saints, particulièrement à ceux qui sont déprimés et dans la tristesse ! Par quelle joie cette tristesse sera remplacée lorsque nous verrons notre Seigneur « face à face » (voir Jean 16 : 20, 22 ; 1 Cor. 13 : 12) !
Mais nous considérons encore comment, dans ce serviteur qui a connu un moment de défaillance, « la miséricorde s’élève au-dessus du jugement » (Jac. 2 : 13). Quelle grâce de la part de Dieu : Élie sera enlevé au ciel sans passer par la mort (2 Rois 2 : 11), comme le fidèle Énoch avant lui (Gen. 5 : 24 ; Héb. 11 : 5) ! Et beaucoup plus tard, il se tiendra sur la montagne, avec Moïse, le grand législateur, tous deux auprès du Seigneur Jésus Lui-même, s’entretenant avec Lui de ce sujet si grand, mystérieux et profond : la mort que Jésus allait accomplir à Jérusalem (Luc 9 : 30-31).
Nous conclurons par quelques lignes d’un commentaire de notre frère Henri Rossier sur ce chapitre 19 : « Ne peut-on pas dire que l’humiliation d’Élie glorifie Dieu davantage que toute la puissance du prophète ? Sa carrière est brisée en apparence, mais une nouvelle carrière, ayant son point de départ dans la discipline, va s’ouvrir devant lui, et si la première n’a pas abouti, la seconde ne se terminera que dans la gloire ! Puissions-nous tous, dans le brisement de nous-mêmes, suivre l’exemple d’Élie pour glorifier le Seigneur ! ».
Il peut nous arriver de manquer dans notre service ; il y a tant de raisons à cela, relatives à notre faiblesse. Et souvent du découragement s’ensuit, car nous regardons à nos erreurs, à nos manquements, à nous-même… et une profonde dépression peut nous atteindre. N’oublions jamais cet avertissement de la Parole de Dieu : « Que celui qui croit être debout prenne garde de ne pas tomber » (1 Cor. 10 : 12).
Chers amis chrétiens, nous avons une ressource en tout temps : levons les yeux vers notre Seigneur qui nous aime. Nous trouverons en Lui force et courage, « il nous mettra debout, et nous vivrons devant sa face » (voir Osée 6 : 2). Nous pourrons alors Le servir à nouveau, dans l’humilité et la dépendance, avec foi et fidélité, jusqu’au jour où nous L’entendrons nous dire : « Bien, bon et fidèle esclave ; tu as été fidèle en ce qui est peu… entre dans la joie de ton maître » (Matt. 25 : 21). Si nous regardons à notre Seigneur glorifié dans le ciel, nous trouverons en Lui l’aide et le soutien qui nous permettront de Le servir fidèlement.
Notre Seigneur Jésus « peut sauver entièrement (jusqu’à l’achèvement) ceux qui s’approchent de Dieu par lui ; il est toujours vivant pour intercéder pour eux » (Héb. 7 : 25). Demeurons toujours près de Lui, dans l’assurance que nous serons « bien gardés » (1 Sam. 22 : 23) dans les moment difficiles.
Ph. Fuzier – décembre 25