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MEDITATIONS SUR LE LIVRE DES JUGES (7)


Gédéon – préparation des instruments (Jug. 6 : 1 à 7 : 14)
Israël opprimé par Madian
            Que représente pour l’Eglise cet ennemi mortel ?
            La famine d'Israël sous l'oppression de Madian

            Les fils d'Israël crient à l'Eternel
L'appel de Gédéon

            L'activité de Gédéon
            Les paroles de l'ange à Gédéon
            L'encouragement de la part de l'Eternel

Les signes donnés à Gédéon et sa formation avant le combat
            Le présent de Gédéon

            La mission de Gédéon : abattre l'autel de Baal
            L'Esprit de l'Eternel sur Gédéon
La sélection des combattants

            Une armée peu nombreuse, sans peur et prête à faire la perte de tout
            Le songe du Madianite

 

Gédéon – préparation des instruments (Jug. 6 : 1 à 7 : 14)

            Le cantique de Debora et de Barak, qui célèbre leur victoire, est le point culminant du livre des Juges. Ensuite, concernant les participants, aucune ombre ne vient ternir ce tableau. En type, il évoque la victoire complète d’Israël qui marquera le début des gloires du millénium.
            Nous arrivons maintenant à la quatrième section qui contraste avec la précédente. Au lieu du sanctuaire, nous avons le monde, un lieu marqué par la mise à l’épreuve, la faiblesse, et la faillite. Ces caractères vont se retrouver chez l’ennemi, le sauveur et partout ailleurs. Il n’est pas surprenant que la faiblesse se montre aussi bien après qu’avant la délivrance. Même s’il y a faillite, il y a de nombreuses leçons à tirer, et de la plus haute importance, même si elles sont humiliantes. Tout comme nous apprenons beaucoup de nos échecs personnels, laissons-nous instruire par de telles expériences. Puissions-nous tirer profit de ce qui a été écrit « pour nous servir d'avertissement » (1 Cor. 10 : 11).
            Mais rappelons les leçons précédentes : dans le premier ennemi, le roi d’Aram, nous avons vu l’esprit d’indépendance envers Dieu qui est le début de tout éloignement ; en Moab, nous avons vu la profession ; dans les Philistins, la religion de la chair ; avec Jabin et l’ennemi du Nord, l’intrusion de la raison humaine dans les choses de Dieu. Quelle leçon pouvons-nous tirer maintenant de l’oppression de Madian ?

 

Israël opprimé par Madian

            La puissance donnée à l’ennemi est due à l’infidélité du peuple. « Les fils d’Israël firent ce qui est mauvais aux yeux de l’Eternel ; et l’Eternel les livra en la main de Madian pendant sept ans » (Jug. 6 : 1). La puissance de cette nation n’aurait pu prévaloir, si le Seigneur ne l’avait pas permise, et Il ne l’aurait pas suscitée si l’état d’Israël n'avait pas rendu ce châtiment nécessaire. Ceux qui n’apprennent pas dans la communion avec Dieu, doivent être enseignés, recevoir instruction dans les mains de l’ennemi. « Ton iniquité te châtie, et tes rebellions te reprennent ; et connais, et vois, que c’est une chose mauvaise et amère que tu aies abandonné l’Eternel, ton Dieu » (Jér. 2 : 19). Cette vérité dont l’Ecriture est remplie se trouve à chaque page du livre des Juges.
            De nombreux détails qui montrent la nature de l’oppression nous aideront à comprendre qui sont ces Madianites, spirituellement. Ayant peur d’eux, les fils d’Israël sont amenés à se creuser des antres et des cavernes pour s’abriter. Accompagnés des Amalékites et d’une multitude de tribus de l’orient, ils montaient nombreux comme des sauterelles, détruisant les produits du pays et ne laissant point de vivres (v. 3-4). Ils ne se contentaient pas, comme les Moabites, de rester aux frontières du pays ; ils balayaient, comme un fléau destructeur, l’ensemble du territoire « jusqu’à ce que tu viennes à Gaza » (v. 4), le bastion des Philistins. Leur oppression était si terrible que les fils d’Israël crièrent à Dieu duquel ils s’étaient éloignés.

                        Que représente pour l’Eglise cet ennemi mortel ?

            Descendant d’Abraham, Madian était lié selon la nature avec Israël, comme beaucoup de ces peuplades. Très tôt, cette nation s’est montrée ennemie du peuple de Dieu. Ce sont des Madianites qui, avec les Ismaélites, ont transporté Joseph en Egypte et l’ont vendu là comme esclave. Quand Israël, délivré de la servitude de l’Egypte, était près d’arriver dans son héritage, ce sont les Madianites qui, avec Moab, ont essayé d’obtenir la malédiction de Dieu sur eux par le biais de Balaam. Ayant échoué, ils ont réussi à les souiller, et à faire peser la main de Dieu sur eux, en les incitant à participer aux rites impies de Baal Péor. C’est pour cela que Dieu avait ordonné à Israël : « Serrez de près les Madianites, et frappez-les » (Nom. 25 : 17).
            C’est l’esprit du monde qui amène le peuple de Dieu en Egypte et qui le souille par ses alliances profanes. Il n’est pas surprenant que Madian soit étroitement lié à Moab et lui soit semblable à bien des égards, qu’il se soit associé Amalek - les convoitises de la chair - et les hordes inconnues de l’orient. Le monde et la chair sont de proches alliés agissant toujours ensemble et entraînant avec eux un tas de faux principes et de pratiques mauvaises.
            Madian signifie « conflit », un nom convenant à l’esprit du monde dont les convoitises suscitent des conflits dans l’âme. « La chair convoite contre l’Esprit » (Gal. 5 : 17) ; partout où le monde est accepté, il fera la guerre à tout ce qui est de Dieu. Illustrons-le en prenant l’exemple d’un jeune chrétien. Dans le premier amour du début, il trouve sa joie dans les choses de Dieu et la communion avec les enfants de Dieu. Un jour, ses affections peuvent se refroidir et le monde trouve alors une entrée dans son cœur. Ce n’est pas forcément par des choses grossières et immorales, mais il peut céder à certains plaisirs inoffensifs et tisser des liens d’amitié agréables qui entreront en conflit avec les choses divines. Sa conscience ne laissera pas sa vigueur spirituelle décliner sans protester vigoureusement, et son cœur, qui était en paix « comme un jardin arrosé » (Es. 58 : 11 ; Jér. 31 : 12), sera changé en un champ de bataille de forces qui s’opposent. Madian – le monde – a apporté un conflit dans sa vie autrefois heureuse, et continuera à faire son travail mortel jusqu’à ce qu’il soit totalement pris au piège, à moins qu’il n’en soit délivré. Si un chrétien, le voyant en danger, cherche à l’avertir et le délivrer, il ne pourra pas éviter d’être entraîné dans le « conflit » - Où est le mal ? D’autres font pire que moi  - Combien la mondanité suscite de combats dans l’âme !
            « Les ennemis d’un homme seront les gens de sa maison » (Matt. 10 : 36). Dans une maison divisée où un conjoint chrétien fidèle cherche à marcher avec Dieu et à maintenir le monde hors de sa maison, tandis que l’autre fait tout son possible pour l’y attirer, il y a de nombreux conflits pour rester fidèle au Seigneur et à la vérité ! C’est ce que représente Madian. Alors qu’il n’y a rien de plus heureux qu’une maison chrétienne où Christ est reconnu comme Seigneur ; c’est un petit avant-goût de la maison céleste où rien ne gâchera notre paix éternelle, car rien ne s’opposera à la souveraineté de Christ.
            Nous avons déjà vu que l’assemblée à Pergame s’était mise sous la domination du monde, et nous avions fait le lien avec Moab représentant la profession qui prend possession de l’Eglise. Nous pouvons aussi faire le lien avec Madian, car dans la lettre à Pergame, il est fait allusion à la souillure avec les Moabites et les Madianites à l’instigation de Balaam (Apoc. 2 : 14). Très tôt, dans son histoire, l’Eglise s’est placée sous ce pouvoir. C’est en se mettant sous l’emprise de l’empereur Constantin et de ses successeurs, que Rome a accru sa puissance.
            Qu’en est-il depuis ? Dans sa miséricorde, Dieu a accordé à son peuple des réveils, et les saints de pays entiers ont connu des restaurations, étant, par grâce, libérés de la puissance du monde. Mais ces délivrances n’ont pas duré. L’emprise de Madian se fait toujours sentir aujourd’hui. La satisfaction de Laodicée est hélas venue s’ajouter au compromis de Pergame (Apoc. 3 : 17). Le Madianite est toujours là, pillant l’héritage de Dieu. Si nous ne le voyons pas, cela ne fait que montrer la misère de l’esclavage dans lequel nous sommes.
            Que sont devenus les témoignages qui avaient pris clairement position contre le monde ? Beaucoup d’enfants de Dieu sont affligés, incapables de combattre les abominations qui s’y commettent, comme les plaisirs mondains dans l’Eglise, les méthodes mondaines pour gagner de l’argent! L’épouse professante de Christ s’est abaissée au niveau du monde, et succombe aux mêmes désirs ! Il faut retenir les jeunes, dit-on, et pour y arriver on use de méthodes mondaines. Cette terrible servitude de Madian, qui prend de l'ampleur, nous fait pleurer.
            Quant à nous, veillons, car si le monde est admis parmi ceux qui sont réunis au nom du Seigneur, c’en est fini du témoignage de Christ. Que Dieu nous rende attentifs à l’égard de cet ennemi terrible et insidieux !

                        La famine d'Israël sous l'oppression de Madian

            Canaan était connu pour sa fertilité, et il l’est encore à ce jour dans certaines régions. Dieu en parlait comme la gloire de tous les pays, et avait promis que son peuple ne mangerait pas son pain dans la pauvreté ni ne manquerait de rien (Deut. 8 : 9) ; or, Madian venait de détruire tout le fruit de la terre ! Ah, combien d’enfants de Dieu se plaignent du manque de nourriture ! La Bible est pour eux un livre fermé ; leurs âmes sont affamées car le monde a détruit leur nourriture ! Nous ne pouvons pas jouir et du monde et de Christ, c’est impossible. En laissant le monde usurper la place de Christ qui est notre nourriture, nous ne connaîtrons que la famine.
            Si Moab suggérait le poids de la profession chrétienne, en ce qu’Eglon était très gras, une masse pesante et inerte, Madian ne semble pas suggérer un caractère aussi négatif. L’énergie de ces hordes évoque un ennemi toujours en mouvement qui cherche constamment de nouveaux angles d’attaque. Il n’est pas besoin de rappeler combien Satan est actif pour amener les hommes sous la puissance du monde. Mais il lui faut d’abord une brèche pour s’engouffrer. L’esprit de mondanité est sournois. Il est impossible de donner une liste exhaustive d’activités et d’habitudes mondaines. Cependant l’Esprit de Dieu nous indique quelque chose de mieux. Il nous dit ce que le monde n’est pas : « Tout ce qui est dans le monde - la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’orgueil de la vie - n’est pas du Père, mais est du monde » (1 Jean 2 : 16). Ce qui caractérise le monde, ce sont les convoitises ; il est indéniable que ce n’est pas du Père. Tout ce dont nous ne pouvons pas jouir en communion avec le Père, même si cela semble inoffensif, est une chose du monde à éviter. L’apôtre Jacques le présente simplement : « Quiconque voudra être ami du monde se constitue ennemi de Dieu » (Jac. 4 : 4).
            Combien le mot « Père » est touchant - l’amour du Père, le cœur du Père, les soins du Père. Pour l’âme qui en jouit, les choses du monde n’y ont plus leur place ; étant satisfaite, elle n’en a pas besoin : « L’âme rassasiée foule aux pieds les rayons de miel » (Prov. 27 : 7). Le premier pas vers la mondanité ne provient-il pas d’un cœur refroidi envers le Père ? En revanche, si nous sommes occupés de ses pensées révélées dans sa parole, et jouissons de Celui qui est l’objet des délices du Père, il n’y aura rien pour nous dans le monde.

                        Les fils d'Israël crient à l'Eternel

            Le peuple, sous la servitude, crie enfin à Dieu. Un croyant ne peut qu’être malheureux sous la domination de ses ennemis spirituels ; tôt ou tard, il criera à Dieu. Toutefois, Dieu ne le délivre pas immédiatement ; il lui envoie un prophète, pour lui faire sentir son mécontentement. Il remonte à la rédemption de l’Egypte qui est le gage de toutes les délivrances ultérieures. Il rappelle qu’Il avait amené les Israélites dans ce pays, en avait chassé l’ennemi, et leur avait dit de ne pas craindre les faux dieux que les Amoréens avaient servis. Il n’y avait pas lieu de craindre les puissances de méchanceté qui avaient été vaincues. Pourtant, ils n’ont pas obéi à sa voix – mais sont-ils les seuls ?
            Quelle sagesse divine ! Le peuple opprimé crie amèrement à Dieu, mais Il lui fait mesurer la méchanceté de ses voies avant de le secourir. Nous commençons toujours par vouloir nous soustraire aux conséquences de nos désobéissances, mais Dieu veut nous voir juger à fond ce qui nous a conduits là où nous en sommes. Il use de patience et de compassion en des proportions divines, afin que nous puissions tirer profit de la leçon. Souvenons-nous-en, quand nous avons affaire à autrui ou à nous-mêmes. Ne soyons pas trop pressés de délivrer les saints d’une position difficile ; veillons plutôt à ce que tout soit réglé à fond avec Dieu. Si nous agissions toujours ainsi, nous verrions moins de cas décevants de personnes que l’on croit restaurées et qui retombent.

 

L'appel de Gédéon

            Ayant dénoncé le péché du peuple, Dieu va maintenant intervenir en sa faveur, pour le délivrer de la servitude de Madian. Pour cela, il doit trouver l’instrument adéquat dont le caractère correspondra aux leçons à tirer de cette délivrance, et mettra en évidence les causes de sa servitude.

                        L'activité de Gédéon

            L'Eternel envoie son messager à Ophra dans la tribu de Manassé, vers Gédéon, fils de Joas. Il le trouve battant le blé dans le pressoir, pour le cacher aux Madianites (v. 11).
            Madian représentant le monde, il fallait que le libérateur porte le caractère de ce qui triomphe du monde, c'est-à-dire notre foi (1 Jean 5 : 4). Celle-ci se manifeste dans le caractère suggéré par la tribu de Manassé. Manassé, signifiant « oubli » (Gen. 41 : 51), évoque le coureur céleste qui, « oubliant ce qui est derrière et tendant avec effort vers ce qui est devant », se distance des éléments du monde, ayant toujours devant lui le prix de l’appel céleste (Phil. 3 : 13-14). Ce qui vaincra le monde est donc un esprit de séparation du monde qui a ses espérances et ses attentes ailleurs.
            Ophra signifie « poussière » – celui qui réalise que c’est une honte d’être assujetti au monde, demeurera dans la poussière. Comme Daniel, honteux du déshonneur porté sur le nom de Dieu, il épanchera son cœur et s’humiliera d’un tel état de chose. Un esprit vraiment spirituel ne critique pas les péchés de l’Eglise professante, mais réalise, avec douleur, la honte liée à un tel état de choses. Celui qui juge le péché sans ressentir l’opprobre que celui-ci a apporté sur le témoignage, ne pourra jamais être utilisé pour délivrer les saints de leur servitude. Il y avait à Rome plein d’auteurs satiriques qui ont traité avec dérision les vices et les folies de la luxueuse capitale, mais ils étaient incapables de rompre un seul lien, ou de tourner une âme vers Dieu, car la critique ne fait pas intervenir Dieu, ni ne mène deuil. Si nous voulons être délivrés du monde, il faut demeurer à Ophra ; nous serons alors en mesure de délivrer aussi les autres.
            Son père s’appelait Joas (« désespéré »), fils d’Abiézer (« mon père est une aide »). Réalisant sa propre faiblesse, celui qui désespère trouver de l’aide se tournera vers Dieu le Père, en qui seul se trouve le secours. L’Ecriture contient de nombreux exemples où la signification des noms est la clé pour comprendre un passage.
            L’activité de Gédéon est très instructive : il bat le blé et cache cette nourriture dans le pressoir, où il est peu probable que les Madianites le trouvent pour le détruire. Le blé parle de Christ, la nourriture de l’âme, comme cela nous est dit dans les Ecritures ; battre le blé évoque l’effort patient déployé pour chercher la nourriture dans la Parole. Le pressoir évoque le « sang du raisin » (Deut. 32 : 14 ) et nous parle du sang de Christ qui « purifie de tout péché » (1 Jean 1 : 7). Tout ceci suggère la croix qui a été comme le pressoir pour Lui ! Pour la foi, ce lieu est bien un abri efficace, caché à la puissance du monde. En prenant notre place près de la croix, aucun Madianite n’osera contester notre position.
            Notons la détermination de la foi. Malgré la présence de l’ennemi, Gédéon aura sa nourriture, quoi qu’il arrive. Il va la recueillir et la cacher à ceux qui veulent la détruire, sans avoir besoin de l’autorisation d’un ami ou d’un ennemi. La terre est opprimée par l’ennemi, et tous sont affamés, mais Gédéon ne l’est pas ; il pourra se nourrir, car sa foi surmonte toutes les difficultés pour obtenir ce dont elle a besoin.
            Considérons un instant cet homme solitaire. Il s’applique avec sérieux et n’abandonnera pas, car ce qu’il cherche est une nécessité absolue pour lui. Qu’en est-il de nous ? Christ est-Il une nécessité pour nous, est-Il notre nourriture, quels que soient les obstacles et les défections autour de nous ? Mettons-nous à l’abri de la croix, non seulement pour acquérir le salut éternel, mais pour être délivrés du présent siècle mauvais. Là, notre nourriture ne nous sera pas ravie.

                        Les paroles de l'ange à Gédéon

            L’ange répond à Gédéon d’une manière étonnante : « L’Eternel est avec toi, fort et vaillant homme » (v. 12). A première vue, il ressemble à tout sauf à un vaillant homme - il se cache au lieu de faire face à l’ennemi et conduire le peuple à le chasser du pays. Mais Dieu « ne regarde pas ce à quoi l’homme regarde » (1 Sam. 16 : 7). Il voit la vaillance dans cette détermination à acquérir du blé à tout prix. Il sait que cet humble travail est le reflet de la disposition de cœur de Gédéon, peut-être même à son insu.
            Qui sont les vaillants hommes de Dieu, et où sont-ils ? Ils ne sont pas forcément dans les lieux publics, combattant les infidèles ou dénonçant les folies du jour. Pour voir de vaillants hommes de Dieu, il faut aller dans les lieux secrets.
            Ici, ce sera une mère de famille qui a charge d’enfants et un travail qui n’en finit jamais. Elle pourrait être tentée de suivre la mode du monde, tentation devant laquelle peu de personnes résistent ! Submergée de travail, elle pourrait prier à la hâte et passer la journée le cœur loin de Dieu ; il ne faudrait alors pas s’étonner de voir les enfants s’éloigner du chemin de Dieu. Non, elle suspend son travail, prend sa Bible et passe un moment tranquille pour lire et prier. La croix de Christ lui a acquis ce privilège ; elle le revendique comme sien et s’y accroche. Mais si elle n’a pas cette disposition de cœur à nourrir son âme chaque jour, elle ne sera jamais victorieuse.
            Là, ce sera un homme d’affaires qui se lève tôt pour prendre le temps de lire la Parole de Dieu avant d’avoir affaire au monde. Il lui faut ce moment, coûte que coûte, même si c’est au dépend d’un repas ou d’une affaire en cours. Il cherche d'abord le royaume de Dieu (Matt. 6 : 33), c’est cela l’affaire importante prioritaire. Si notre cœur n’y est pas disposé, nous ne serons jamais vaillants comme Gédéon, et nous ne délivrerons jamais un seul enfant de Dieu de l’emprise de ce monde ; une mère ne pourra que déplorer les incursions répétées du monde dans sa famille, et voir ses enfants se tourner naturellement vers le monde au lieu de regarder à Christ.
            Christ et sa Parole premièrement – que cette expression soit gravée dans nos âmes. Tout le reste est secondaire. S’il en est ainsi, Madian s’enfuira bientôt.
            Cela demande beaucoup plus de courage que de parler en public, car de nombreux obstacles se dressent pour nous empêcher de maintenir une telle habitude. Si nous sommes vainqueurs dans le secret de notre chambre, nous serons prêts pour des combats plus en vue, et nous constaterons que les batailles sont pratiquement gagnées d’avance ; Dieu pourra nous reconnaître comme un homme fort et vaillant, et nous utiliser pour aider les autres.
            Gédéon signifie « abattre » ; nous allons bientôt le voir à l’œuvre, mais ici nous le voyons abattre pour lui-même, sous les yeux de Dieu seul. S’il peut faire cela, il pourra faire plus.
            Nous ne sommes pas appelés à faire de grandes choses, mais seulement à veiller fidèlement à la santé de notre âme, et à rechercher Christ par-dessus tout. Il semble impossible de ne pas le désirer, mais combien peu en ont le courage !
            Celui qui amasse de la nourriture pour lui-même se préoccupe toujours de l’honneur dû à Dieu et du bien-être de son peuple.

                        L'encouragement de la part de l'Eternel

            Gédéon dit à l'ange : « Ah mon Seigneur, si l’Eternel est avec nous, pourquoi toutes ces choses nous sont-elles arrivées ? Et où sont toutes ces merveilles que nos pères nous ont racontées, en disant : l’Eternel ne nous a-t-il pas fait monter hors d’Égypte ? » (v. 13). Il remonte à la rédemption de l’Egypte, comme l’ont fait tant de saints de l’Ancien Testament.
            Ce sera la supplication du résidu aux jours de l’oppression des Gentils, juste avant l’établissement du royaume de notre Seigneur: « Tu as transporté d’Egypte un cep ; tu as chassé les nations, et tu l’as planté » (Ps. 80 : 8). « O Dieu ! nous avons entendu de nos oreilles, nos pères nous ont raconté l’œuvre que tu as opérée dans leurs jours, aux jours d’autrefois. Tu as, par ta main, dépossédé les nations, et tu as planté nos pères » (Ps. 44 : 1-2). Pensant aux œuvres du passé, la foi plaide concernant le terrible état présent : « Mais tu nous as rejetés et rendus confus, et tu ne sors plus avec nos armées ; tu nous as fait retourner en arrière devant l’adversaire, et ceux qui nous haïssent ont pillé pour eux-mêmes » (Ps. 44 : 9-10). Cela ressemble fort à l’oppression de Madian, et au vibrant plaidoyer de Gédéon. Dieu répond toujours à de tels appels, même s’Il doit approfondir le travail dans le cœur du peuple, pour les amener à prendre conscience de leur péché.
            Ceux qui pleurent sur l’état de l’Eglise aujourd’hui ne se lamentent pas seulement du déclin des dernières années, déplorant simplement que les choses ne sont plus ce qu’elles étaient autrefois, ils comparent l’état actuel à celui du début, à la Pentecôte. Lorsque le Seigneur dit à Ephèse : « Souviens-toi donc d’où tu es tombé » (Apoc. 2 : 5), Il remonte à son premier amour. Il est touchant de voir Dieu plaider avec Jérusalem de la même manière : « Je me souviens de toi, de la grâce de ta jeunesse, de l’amour de tes fiançailles » (Jér. 2 : 2). Si merveilleux qu’aient été les réveils, nous ne pourrons jamais nous glorifier en pensant à ce qu’était l’Eglise aux jours de son premier amour. Seuls le chagrin et la honte nous conviennent.
            C’est donc un tel homme que Dieu va utiliser pour délivrer Israël. « Va avec cette force que tu as, et tu sauveras Israël de la main de Madian. Ne t’ai-je pas envoyé ? » (v. 14). Notons bien qu’il ne lui donne pas une force nouvelle, mais il estime que celle qu’il a déjà montrée suffit pour délivrer Israël. C’est ainsi que Dieu encourage la foi qui recueille sa propre nourriture en dépit des divers dangers : « Va avec cette force que tu as ».
            Mais Gédéon, comme Moïse et bien d’autres serviteurs de Dieu, a dû aller jusqu’au bout de lui-même. Il devait en finir avec son humilité tout autant qu’avec sa fierté. Malgré l’assurance d’avoir l’Eternel avec lui, il demande : « Avec quoi sauverai-je Israël ? » (v. 15) ; il était centré sur lui-même en évoquant la pauvreté de sa famille et sa propre petitesse dans la maison de son père. En quoi cela concernait-il le Dieu vivant ? Pensait-il devoir renverser Madian avec sa propre force ? Il oubliait ce que sa propre foi lui enseignait !
             Mais Gédéon n’est pas le seul dans ce cas. Il est fréquent de trouver des gens qui, après s’être vantés de leur grandeur, sont occupés de leur petitesse. Mais un petit « je » est un obstacle aussi grand qu’un grand « je ». Il peut sembler très humble de se déprécier soi-même et de se mettre en arrière-plan, mais c’est souvent un orgueil très subtil qui porte cet habit d’humilité. Le moi, bon ou mauvais, ne doit pas être devant nous ; faible ou fort le « je » doit être rejeté, afin que Dieu seul soit glorifié.
            Avec quelle grâce lui est reproché ce peu d’humble fierté ! Elle n’était pas tellement enracinée, une seule parole suffisait pour l’ôter. « Moi je serai avec toi ; et tu frapperas Madian comme un seul homme » (v. 16). Après tout, pour la foi, l’ennemi n’est qu’un ; il est une foule quand il effraie, mais du moment que la foi s’affirme, il n’y a plus qu’un seul homme, comme lorsque David a rencontré le géant (1 Sam. 17).

 

Les signes donnés à Gédéon et sa formation avant le combat

                        Le présent de Gédéon

            Gédéon veut avoir confirmation que c’est l’Eternel qui lui parle. Les signes qu’il va obtenir porteront l’enseignement dont il a besoin. Etant un adorateur, il apporte comme offrande le sacrifice ordinaire - un chevreau, un épha de fleur de farine et des pains sans levain (v. 19). Tout cela parle de Christ. Le chevreau, quoique présenté ici comme sacrifice de prospérité, suggère la pensée du péché, pour lequel il était le plus souvent offert dans le service lévitique. Il nous rappelle Christ « fait péché pour nous » (2 Cor. 5 : 21), seule victime parfaitement agréable à Dieu. Les pains sans levain et la fine fleur de farine accompagnant le chevreau évoquent la perfection de sa Personne, ce qui était nécessaire pour accomplir son œuvre. Tout est mis sur le rocher – une autre figure de Christ – et le feu emporte le tout à Dieu. Il n’apporte donc que Christ, Celui que Dieu accepte toujours. Quelle meilleure offrande désirer ? Si nous n’apportons que Christ, sa personne et son œuvre, nous sommes sûrs de leur acceptation par Dieu, et c’est le gage que nous serons « plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés » (Rom. 8 : 37). Le monde ne pourra jamais faire face à ces choses précieuses ; il ne peut pas tenir devant l’âme la plus simple pour qui ces réalités divines sont le fondement de sa relation avec Dieu, et témoignent de sa séparation du monde et de sa victoire sur le monde.
            Gédéon ne semble pas se rendre compte qu’il est en présence de l’Ange de l’Eternel, mais une fois qu’Il est parti, il est troublé par ce fait solennel et en redoute les conséquences. La grâce le rassure aussitôt, alors il bâtit un autel à l’Eternel – Jéhovah-Shalom, « L’Eternel de paix » (v. 24). Au milieu du tumulte qui faisait rage autour de lui, en dépit des combats redoutables qui se préparaient, il y avait un lieu où régnait la paix, dans la présence de l’Eternel lui-même. Cela nous rappelle les paroles de notre Seigneur à ses disciples : « Vous avez de la tribulation dans le monde ; mais ayez bon courage, moi, j’ai vaincu le monde » (Jean 16 : 33).
            Quelle beauté et quelle paix au milieu de la ruine totale et de la confusion ! « Quand il donne la tranquillité, qui troublera ? » (Job 34 : 29). Gédéon a trouvé le Dieu de paix ; il est agréé comme adorateur. Dans le secret de la présence de Dieu, il est caché à l’orgueil de l’homme et à la contestation des langues (Ps. 31 : 20). L’adoration est le vrai remède contre la mondanité. Les deux ne peuvent coexister.

                        La mission de Gédéon : abattre l'autel de Baal

            La scène change. L'instument préparé dans le secret a besoin de toute sa foi pour l’étape suivante. Il doit abattre l’autel de Baal appartenant à son père, détruire l’ashère et offrir un taureau sur un autel à l’Eternel. Ce n’est que la suite normale du culte dont il avait joui. Dieu ne partagera pas sa gloire avec Baal, l’un ou l’autre autel doit être renversé. Gédéon doit justifier son nom, « celui qui abat », montrer l’énergie de sa foi et la réalité de son obéissance.
            Mais par quel exercice de cœur doit-il passer ! Il doit glorifier Dieu dans sa propre maison. Sa relation personnelle avec Dieu ayant été établie, comme en témoigne sa victoire en privé, il doit maintenant établir cette relation dans le cercle familial. S’il est un adorateur et désire obéir à Dieu, la même obéissance est alors requise dans sa sphère de responsabilité. Pourrait-il libérer tout Israël si sa propre famille est dans la servitude ? Relèverait-il l’autel de l’Eternel pour tout Israël, alors que ceux qui lui sont le plus cher vont se courber devant Baal ? Notre sphère de responsabilité commence par ce qui est le plus proche de nous, avant de s’étendre au-delà. Beaucoup sont tentés d’inverser cet ordre et sont jaloux à l’égard de l’autel de Dieu pour tout Israël, alors qu’ils ne l’ont jamais dressé dans leurs propres maisons. Comment jouir pleinement des privilèges de l’autel public, si l’autel familial est négligé ? Celui qui est trop timide pour lire la parole de Dieu et prier en famille, aurait-il la liberté de le faire en public ? Ce n’est qu’un point parmi d’autres.
            Ce n’est pas chose facile d’ériger l’autel de Dieu sur les ruines de Baal. Plus d’un homme ayant confessé courageusement Christ en public, n’a pas osé le faire à la maison. Mais sans cette mise à l’épreuve, il n’y aura pas de nouveaux progrès.
            Gédéon hésite à le faire publiquement, il ne montre pas un grand courage. A l’instar de Nicodème, qui n’a pas osé aller au Seigneur en plein jour (Jean 3 : 2), Gédéon accomplit sa tâche difficile de nuit. Cependant, que ce soit avec courage ou non, le travail est fait, et c’est ce qui importe.
            Nous pouvons imaginer combien Gédéon a dû attendre le lendemain en tremblant ! Mais peut-être était-il paisible, s’il s’attendait à Dieu. Les hommes de la ville se rassemblent et exigent que le sacrilège de Baal soit vengé, appelant le père de Gédéon à livrer le malfaiteur. Mais c’était sans compter sur Dieu. Son père qui n’était jusque-là qu’un idolâtre, méprise complètement ce dieu qui ne peut maintenir sa propre dignité. « Que Baal plaide », dit-il (v. 32) – et Gédéon remporte sa deuxième victoire : Dieu est tenu en honneur dans sa maison. Quelqu’un tremble-t-il et hésite-t-il à faire franchement le pas de la foi ? Que l’exemple de Gédéon l’encourage, les conséquences redoutées ne se réalisent pas forcément. Ceux-là mêmes dont il craint l’opposition l’approuveront peut-être. Sinon que peut-il arriver ? Quand bien même serait-il mis à mort, craindrait-il ce qui l’introduira dans la présence du Seigneur ?

                        L'Esprit de l'Eternel sur Gédéon

            Le récit passe maintenant de la sphère privée à la sphère publique. Il semble que le renversement de l’autel de Baal suffise à éveiller les Madianites, car ils assemblent une grande armée, et prennent position. Gédéon monte au front ; après avoir été fidèle dans sa maison, il fait sonner la trompette dans tout Israël. L’Esprit de Dieu le revêt pour un service particulier, et les Abiézerites, qui avaient autrefois demandé sa mort, ainsi que ceux de Manassé, d’Aser et de Zabulon se mettent sous sa bannière. Si l’ennemi vient comme un fleuve, l’Esprit de Dieu se dresse contre lui. Quand un travail de Dieu se produit dans une âme, d’autres suivront son exemple et désireront aussi être libérés de l’esclavage. Si Christ seul est devant nous et si nous marchons fidèlement derrière Lui, Il nous utilisera, chacun selon sa mesure, pour aider dans le grand combat.
            Gédéon demande alors deux signes et reçoit la confirmation que Dieu sauvera Israël par sa main. Il met une toison sur l’aire qui, à sa demande, est pleine de rosée tandis que la terre est sèche. La nuit suivante, le contraire se produit, la toison reste sèche alors qu’il y a de la rosée sur la terre. Ainsi, Gédéon sait qu’il a affaire avec Dieu, et que toute la puissance est par devers Lui. Quel encouragement cela a dû être d’avoir une preuve directe et tangible que Dieu était avec lui. La détermination de la foi, même quand elle semble avoir besoin de signes de confirmation, n’offense jamais un Dieu miséricordieux. Quand Il a promis à Abraham qu’il hériterait du pays de Canaan, et qu’Abraham demande : « A quoi connaîtrai-je que je le posséderai ? » (Gen. 15 : 8), Dieu est-il offensé de constater que sa parole n’est pas suffisante ? Non, il donne la merveilleuse vision de la fournaise et du brandon de feu. « Eprouvez-moi », dit-Il à Israël (Mal. 3 : 10). « Demande pour toi un signe de la part de l’Eternel, ton Dieu », dit-Il au roi Achaz (Es. 7 : 11).
            Ces signes ne sont pas des miracles arbitraires. Ils lui sont donnés non seulement pour encourager sa foi, mais pour l’enseigner par une leçon appropriée. Que pouvons-nous donc apprendre de ce double signe ?
            La rosée est le symbole usuel de la faveur de Dieu, en ce qu’elle fertilise la terre qui serait sèche et stérile sans elle. Isaac prend cette image, en prononçant la bénédiction sur Jacob (Gen. 27 : 28), de même que Moïse, dans sa bénédiction finale sur les tribus (Deut. 33 : 28). Elie, annonçant le jugement de Dieu sur la terre, déclare qu’il n’y aurait pas de rosée (1 Rois 17 : 1). Le prophète Aggée prend aussi cette image : « C’est pourquoi au-dessus de vous les cieux ont retenu la rosée, et la terre a retenu son produit » (Agg. 1 : 10). Osée, décrivant la restauration de la nation quand Dieu les bénira à nouveau, dit : «Je serai pour Israël comme la rosée ; il fleurira comme le lis, et il poussera ses racines comme le Liban » (Osée 14 : 5). Ces différents passages nous montrent donc ce que signifie la rosée.
            Tout rafraîchissement, que ce soit pour Israël ou pour l’Eglise, vient de l’Esprit Saint ; son influence bénie apportant aide et fraîcheur est une rosée divine. Tout comme la terre cesserait d’être fertile sans la rosée, il ne peut y avoir de fruits sans le travail de l’Esprit ; ce serait la stérilité.
            Une toison de laine est ce qui est retiré à la brebis ; elle a été dépossédée de ce qui lui appartient. Dans trois passages où la tonte des brebis est mentionnée, le mal y est associé :
                    - le péché de Juda avec Tamar (Gen. 38)
                    - la raillerie de Nabal à l’égard de David (1 Sam. 25)
                    - le meurtre d’Amnon par Absalom son frère (2 Sam. 13).

            Le prophète Ezéchiel, parlant des faux bergers, dit : « Vous mangez la graisse, et vous vous habillez de la laine ; vous égorgez ce qui est engraissé ; vous ne paissez pas le troupeau » (Ézé. 34 : 3). L’Ecriture abonde en exemples de soins d’un berger pour son troupeau, mais il est frappant de constater que les seules fois où la tonte des brebis est évoquée, la violence et la corruption y soient liées.
            Le peuple a comme été tondu par les Madianites, jusqu’à ce qu’il ne reste que la toison – un résidu. S’il en était ainsi à ce moment-là, que dire de leur captivité à Babylone et de leur totale dispersion actuelle ! C’est en effet « un peuple dispersé et ravagé » (Es. 18 : 2).
            L’aire est l’endroit où le grain est séparé de la balle, sous le sabot des bœufs ou avec une batteuse. Nous pouvons y voir l’épuration du peuple. Cette même image est prise au sujet des nations, en Amos 1 : 3, quand elles se retranchent elles-mêmes pour être épurées par des jugements similaires.
            Quand Gédéon demande que la rosée soit sur la toison, cela représente Dieu accordant sa bénédiction à son peuple persécuté, que ce soit à ce moment-là ou aux derniers jours, quand Il sera comme la rosée pour Israël. En revanche, quand la rosée est sur la terre et non sur la toison, cela évoque la bénédiction venue sur les nations pendant le rejet d’Israël – c’est le temps actuel.
            Qu’Il accorde ou retire la bénédiction, Dieu se manifeste à son peuple. Ses châtiments mêmes sont un gage de la miséricorde à venir. La sécheresse qui est aujourd’hui sur les Juifs, alors que la bénédiction est sur les Gentils, est une preuve certaine que Dieu interviendra un jour pour son peuple terrestre bien-aimé. « En ce qui concerne l’évangile, ils sont ennemis à cause de vous ; mais en ce qui concerne l’élection, ils sont bien-aimés à cause des pères » (Rom. 11 : 28).
            C’est ainsi qu’il nous faut considérer les voies de Dieu envers son peuple. Sous le châtiment comme dans la bénédiction, la foi voit le signe de la délivrance. S’Il nous discipline, c’est pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté. La foi qui s’attend à Lui verra la sécheresse même du peuple de Dieu comme le signe d’une pluie à venir.

 

La sélection des combattants

            Voyons maintenant Gédéon en relation avec le peuple. Il s’agit plus de leur préparation pour le service que de la sienne.

                        Une armée peu nombreuse, sans peur et prête à faire la perte de tout

            L’armée de 32 000 hommes campe près de la source de Harod qui signifie « tremblant » ; ce nom décrit avec pertinence l’état du grand nombre ; en effet lorsque l’Eternel lui fait proclamer que tous ceux qui ont peur s’en retournent, vingt-deux mille hommes se retirent !
            Dieu avait toujours pourvu à cela. Dans la loi, Il avait ordonné qu’une telle proclamation soit faite, pour éviter que la peur des timides ne sème la panique par contagion. Mais il a une autre raison ici. Le peuple était trop nombreux pour qu’il fût évident que la victoire était due à la puissance divine et non à celle de l’homme. Celui-ci est trop enclin à se vanter, aussi toute occasion de le faire doit lui être ôtée.
            Un danger subtil guette nombre d’entre nous. Pourquoi l’homme veut-il avoir des statistiques, ou connaître le nombre de conversions ou de « membres », s’il ne pense pas que la force est dans le nombre ? L’Ecriture abonde en illustrations contraires. Le nombre a trop souvent suscité l’orgueil qui va devant la ruine. C’est lorsque le nombre des disciples a augmenté que les murmures ont commencé (Act. 6). Loin de nous la pensée de refuser le nombre en soi. Nous devons nous réjouir qu’un grand nombre reçoive la bénédiction, mais nous devons regarder au Seigneur et pas au nombre.
            C’est particulièrement vrai en un jour de déclin, quand Dieu a suscité un témoignage à la vérité. Si le témoignage n’est pas vraiment clair, s’il n’est pas passé au crible, le grand nombre ne fera que l’entraver. Mieux vaut un petit groupe, mis à l’épreuve par Dieu Lui-même, qu’un grand groupe qui, par son effectif, inspire le respect aux yeux du monde.
            Les peureux s’en vont. Il est humiliant de penser que les deux tiers de ceux qui avaient rallié Gédéon étaient trop timides pour continuer ! N’y en a-t-il pas beaucoup de nos jours qui connaissent le chemin du témoignage et du combat, mais qui n’ont pas le courage de le prendre ? Si nous craignons la persécution, le mépris, le qu’en dira-t-on, nous ne serons, hélas, pas prêts et devrons être mis de côté.
            Si nous réalisons cela et le reconnaissons avec honte devant Dieu, confions-nous en Lui pour reprendre courage. Souvenons-nous que Gédéon craignait d'accomplir sa première tâche de jour. Il vaut mieux cela que d’être fier. Que Dieu nous donne le courage de l’obéissance pour suivre son chemin, même si c’est en tremblant !
            Mais un crible plus sévère devait encore être appliqué. Dieu dit : « Le peuple est encore nombreux » (Jug. 7 : 4). Ils sont amenés vers l’eau, et sont mis à l’épreuve, sans le savoir. Il s’agit de voir comment ils boivent. Ne sont choisis que ceux qui prennent l’eau dans leurs mains et la lapent comme les chiens. Seuls trois cents l’ont fait ; le reste des dix mille se sont agenouillés pour boire.
            La signification de ce test est simple. Etancher la soif est une nécessité, comme tous les besoins de cette vie, mais cela ne doit pas tenir la première place. Sommes-nous occupés de ces choses en passant, ou sommes-nous absorbés par elles ? Combien d’entre nous passent-ils le test divin ? Il est solennel de penser que nous sommes éprouvés à notre insu. Si nous savions quand le test est appliqué, nous nous comporterions bien, mais Dieu nous regarde, nous sélectionne ou nous met de côté pour les missions dangereuses et honorifiques, quand nous n’y pensons pas.
            Il va sans dire qu’il n’est pas question du salut, mais du service et du témoignage. Dieu ne peut nous utiliser comme instruments pour délivrer son peuple de l’esclavage du monde si nous y sommes liés. Quelle terrible pensée de ne pas être en état pour le service, et d’être mis de côté par Dieu ! Soyons exercés pour voir si nous sommes esclaves du monde ou si les intérêts de Dieu sont prioritaires. Comme ici, un rien peut manifester notre état, un simple verre d’eau. Seul un cœur qui ne veut que la volonté de Dieu réussira le test . « Je fais une chose », dit l’apôtre Paul (Phil. 3 : 13).
            Sommes-nous mis de côté comme inaptes au service, ou sommes-nous des « vases à honneur, sanctifiés, utiles au Maître, préparés pour toute bonne oeuvre » (2 Tim. 2 : 21) ?
            Ainsi, la petite troupe des trois cents a l’honneur d’aller renverser le pouvoir de Madian. Ils étaient peu et sans doute méprisés, peut-être même par beaucoup de leurs frères, mais ils sont néanmoins les élus. N’aimerions-nous pas en faire partie ? Que donnerions-nous pour cela ? Ni argent, ni connaissances, ni influence, ne peuvent acheter une telle place, c’est le « moi » qu’elle coûte. Ne pas avoir confiance en soi est la seule façon d’être apte au service de Christ. Y sommes-nous disposés ?
            Ainsi, en considérant les voies de Dieu envers Gédéon et sa troupe, nous voyons comment Il prépare les vases pour le service. C’est toujours le même enseignement, mais accentué par de nouveaux critères : il n’y a ni force, ni bien en nous. Christ, seul, est tout.

                        Le songe du Madianite

            Voyons encore les soins patients de Dieu qui donnent une fois de plus à Gédéon l’assurance absolue de la victoire avant d’aller au combat. Notez qu’il ne demande pas ce signe, mais il en tire profit quand Dieu l’accorde.
            Un soldat des armées de Madian a fait un rêve, et il est permis à Gédéon de l’entendre raconter à son compagnon. C’est d’une simplicité presque triviale : un gâteau de pain d’orge tombe dans le camp de Madian et renverse une tente. Son compagnon l’interprète en langage clair : « Ce n’est pas autre chose que l’épée de Gédéon, fils de Joas, homme d’Israël : Dieu a livré Madian et tout le camp en sa main » (v. 14). Ainsi de la bouche même de l’ennemi, il a l’assurance de la part de Dieu du succès du combat.
            Le pain d’orge est le plus pauvre des aliments, évoquant en cela la pauvreté et la faiblesse. Il est significatif que ce soit de la nourriture et non pas une épée qui renverse Madian : c’est en se nourrissant de Christ que le peuple de Dieu est armé contre l’Ennemi. Dieu peut utiliser même notre faible connaissance de Christ comme une arme des plus efficace. Le jeune garçon n’avait que cinq pains d’orge, mais cela suffisait, dans la main du Seigneur, pour nourrir la multitude (Jean 6 : 8-13). Il en est toujours ainsi, retenons-le : faiblesse, néant, impuissance, dans les mains de Christ, triompheront de toute la puissance du monde.
            Que le Seigneur nous accorde de le réaliser pratiquement toujours plus, pour l’amour de Christ, notre Seigneur, et pour le bien de son Eglise.


D'après S. Ridout